CAMUS
STUDIES ASSOCIATION
GENERAL INFORMATION
EXCERPTS FROM THE
BULLETIN D'INFORMATION
1. PURPOSE OF THE ASSOCIATION
The CAMUS STUDIES ASSOCIATION is the North-American branch of the SOCIÉTÉ DES ÉTUDES CAMUSIENNES (fordetails, see SocEtCam.htm ). Its purpose is to facilitate worldwide communication and research onthe life and work of Albert Camus (1913-1960). To this end, the CAMUS STUDIES ASSOCIATION disseminates the quarterly Bulletin de la Société des Études Camusiennes (in French only), information on forthcoming events, and lists of recently published articles and books. Occasionally, the Association will sponsor special sessions on Camus at regional or national professional meetings.
2. MEMBERSHIP (in North America only) INFORMATION
For membership application write to: Professor Raymond Gay-Crosier, Department of Languages, Literatures & Cultures,University of Florida, Gainesville, FL 32611.
FAX number (352) 392-5679.
e-mail: gaycros@rll.ufl.edu
If you wish to join, please print the form below, fill in the blanks and send it with your check (in U.S. dollars)or moneyorder (in U.S. dollars) to the address indicated. Please note that as of 2008, we have synchronized our renewal ccycles with the French headquarters. Henceforth, dues will be billed each January.
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APPLICATION
/ RENEWAL FORM / FICHE DINSCRIPTION ET DE RENOUVELLEMENT
ANNUAL DUES / COTISATION ANNUELLE
YEAR / ANNÉE 2009
Veuillez envoyer votre cotisation pour l'année 2008, en dollars
américains et libellée au nom de la Camus Studies Association, directement à
Raymond Gay-Crosier, Department of Languages, Literatures & Cultures,
University of Florida, Gainesville, FL 32611. Comme vous le savez, cette
procédure simplifie la tâche du trésorier et élimine les complications dues aux
incessantes fluctuations du taux de change.
----------------------------------------------détacher----------------------------------------------
Cotisation déterminée par l'Assemblée générale de la Société (2005)
_____ U.
S. $ 30 Membre fondateur
_____ U. S.
$ 25 Membre actif
_____ U. S.
$ 10 Membre étudiant
Nom: _________________________________________________________
Profession: _____________________________________________________
Département: ___________________________________________________
Institution: _____________________________________________________
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(Ville) (Etat) (Code Postal)
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(privé) (bureau)
LIBELLER LE CHEQUE AU NOM DE LA CAMUS STUDIES
ASSOCIATION, S.V.P.
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Voici l'avant-dernier Bulletin de la Société des Études Camusiennes.
EDITORIAL
Chers amis,
2007 est un double cinquantenaire camusien puisqu'en 1957, Camus a publié L'Exil
et le Royaume et reçu le Prix Nobel de littérature. Ce n'est cependant ni
pour l'une ni pour l'autre raison qu'on a beaucoup entendu son nom ces
dernières semaines dans les médias français. Nous ne nous plaindrons pas qu'il
ait servi de caution pour telle ou telle proclamation de respect des « valeurs
» ; mais c'est l'occasion pour nous de revenir ou de faire revenir
à son uvre : Camus n'est ni une icône ni le drapeau de je ne sais
quel consensus mou, mais une parole vivante et dérangeante.
Revenons donc inlassablement aux textes. Plusieurs manifestations, cet automne, nous permettront de réinterroger une uvre où ne se dissocient jamais éthique et esthétique. À Barcelone, à Tunis, à Paris, à Lourmarin, à Orléans, on se réunira pour mettre en commun questionnements et points de vue. Ailleurs, on met en scène Les Justes. On lira passionnément la correspondance Char-Camus, publiée à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du poète : on verra combien cette amitié a compté pour l'un et l'autre.
Ce Bulletin est, une fois encore, l'écho de l'activité multiforme que suscite Camus. Dans la masse de nouvelles qu'il apporte, et que vous êtes de plus en plus nombreux à nous communiquer (merci à tous !), il laisse pressentir la diversité des approches et des pratiques. On devine la ténacité des chercheurs, la passion des enseignants, l'émerveillement des lecteurs /auditeurs, l'envie de tous de partager quelque chose avec les autres « camusiens », présents et à venir. Je peux attester qu'il suffit de peu pour que des amis étrangers envisagent d'organiser chez eux un colloque ou une manifestation ; et je reçois des messages émouvants qui témoignent d'attachements très profonds à Camus.
Un texte peu connu de Camus est
publié dans ce Bulletin ; il date de 1939 mais le hasard fait bien les choses,
qui nous le donne à lire aujourd'hui, puisqu'il s'intitule « Réflexions sur la
générosité » ; tout un programme...
Agnès SPIQUEL
CONSEIL DADMINISTRATION du 12 MAI 2007
Compte-rendu du Conseil dadministration
DE LA SOCIETE DES ETUDES CAMUSIENNES.
Le CA sest tenu à PARIS, samedi 12 mai à 14heures, à lHôtel des Balcons. Etaient présents :
ABBOU André, ABDELKRIM Zedjida, BASSET Guy, BLONDEAU Marie-Thérèse, CREPIN Brigitte, GAY-CROSIER Raymond, LEVI-VALENSI Pierre, LUPO Virginie, PROUTEAU Anne, SPIQUEL Agnès, WEYEMBERGH Maurice.
Membres excusés : AUDIN Marie-Louise, BENICOURT Georges, MINO Hiroshi, PLANEILLE Franck, RUFAT Hélène, SAROCCHI Jean, SCHLETTE heinz-Robert, SMETS Paul, VANNEY Philippe, VIALLANEIX Paul, WALKER David.
Lecture du courriel envoyé par Georges Bénicourt, trésorier :
Létat de la trésorerie est
bon (> 4700 euro) ce qui, compte tenu des coûts prévisibles des deux
prochains bulletins (moins de 700 euro par bulletin) nous laisse un matelas de
3000 euro dans lequel on peut donc prendre un financement pour des
manifestations.
Par rapport à ce matelas, il me semblerait opportun douvrir un compte
épargne si cela est possible (je peux contacter la banque à ce propos) : 3000
euro même à 2% cela fait 60 euro, soit 3 cotisations.
Les rentrées des cotisations 2007 sont très moyennes : autour de 70
adhérents à ce jour, cela signifie une centaine de retardataires. Je nai
pas de nouvelles non plus des sections japonaise et nord-américaine.
Faudrait-il fixer une date (en milieu dannée ?) pour le versement de leur
quote part?
Le CA décide à lunanimité de placer largent sur un compte épargne, si cela nentre pas en contradiction avec la législation sur les associations Loi 1901.
A la question de Raymond Gay-Crosier sur le reversement des 40% des cotisations étrangères, le CA décide à lunanimité que les 40% sentendent après déduction des frais engagés par les sections étrangères - pour linstant Japon et Etats-Unis- frais occasionnés par lenvoi du bulletin. Raymond Gay-Crosier précise que ce reversement se fera en décembre 2007 ou au plus tard en janvier 2008
Agnès Spiquel annonce dabord les différentes manifestations à loccasion du cinquantenaire du Prix Nobel : Barcelone, 7-9 novembre 2007, Orléans 17 novembre, Tunis, 6-8 décembre, enfin Paris, 7 décembre 2007. Elle précise que le colloque de Tunis (voir page 7) nest pas tourné vers le Nobel.
La médiathèque dOrléans organisera le samedi 17 novembre en fin daprès-midi une manifestation centrée sur lactualité de la pensée de Camus face au terrorisme. Guy Basset finalisera le projet avec la médiathèque dOrléans. La SEC accorde son patronage. Nous en reparlerons dans le bulletin doctobre.
Pour la manifestation parisienne du vendredi 7 décembre (14-18 heures) la Mairie de Paris met à notre disposition lauditorium qui peut accueillir 250 personnes. Le programme définitif nest pas encore arrêté, mais le thème est retenu : Quest-ce quêtre un artiste pour Camus ? Sont envisagées trois conférences suivies dune lecture de textes de Camus et dune discussion avec le public. Pour des raisons de sécurité, il sera nécessaire de présenter un carton dinvitation. Les modalités dobtention seront précisées dans le prochain bulletin. Virginie Lupo propose de coordonner lopération ; nous len remercions.
Lassemblée générale de la SEC sera dissociée de cette manifestation et se tiendra un samedi de décembre ou de janvier (après-midi). La date sera annoncée dans le bulletin doctobre.
Anne Prouteau se propose de réfléchir à une réorganisation du portail Camus sur internet.
La séance est levée à 16 heures.
Marie-Thérèse BLONDEAU
COLLOQUE
DE BARCELONE
Colloque international
7-9 Novembre 2007 - Barcelone
(Université Pompeu Fabra)
Discours de liberté: A. Camus, "L'artiste et son temps"
Discursos de llibertat: A. Camus, "L'artista i el seu temps"
(Les échos espagnols)
Camus a très souvent prêté et sa voix et sa plume aux "persécutés" espagnols, prenant position sans ambages contre le franquisme. Or si cette "fidélité à l'Espagne" est connue, elle n'en est pas pour autant très étudiée. Du reste, les liens entre son idée de liberté et ses représentations de l'Espagne sont multiples, persistants et présents tout au long de son uvre (littéraire, journalistique ou philosophique); il serait donc temps de reconsidérer la relation entre Camus et l'Espagne en allant aussi au-delà des origines minorquines de sa famille maternelle.
Nous proposons par conséquent de considérer d'abord, la question de la liberté dans luvre camusienne sous la double perspective de ses sources et de ses prolongements dans la création littéraire, en particulier, mais aussi dans les répercussions philosophiques et politiques qu'elle a pu avoir en Espagne. Ceci devrait permettre non seulement d'explorer davantage les uvres littéraires d'Albert Camus où l'Espagne est présente (ou nommée), mais aussi d'étudier, voire de découvrir, les relations idéologiques avec les libertaires (syndicalistes) espagnols ainsi que les relations plus personnelles (et politiques) avec les Espagnols en exil. De même les travaux comparatistes sauront mettre en lumière les éléments du discours camusien qui ont le mieux été adoptés par les écrivains espagnols. Éventuellement, un travail inverse pourrait aussi rappeler combien la tradition culturelle espagnole est ancrée dans l'imaginaire camusien.
Un deuxième axe serait celui se rapportant aux paroles de liberté et à l'engagement de l'artiste pour la défense des libertés et des valeurs humaines. Il ne s'agirait pas seulement d'étudier ce que "liberté veut dire", il serait aussi question d'analyser comment ce concept de liberté est exprimé et formulé dans ses discours, par un Albert Camus spécialement sensible aux aphorismes.
Ce double parcours espère
bien sûr mettre en évidence combien l'image de l'Espagne est fondatrice du
concept de liberté chez Albert Camus, mais si au terme du colloque nous
parvenons à éveiller l'intérêt des critiques et des chercheurs espagnols pour
l'uvre camusienne dans sa totalité, et non seulement pour ses écrits philosophiques,
nous estimerons que cette commémoration aura été utile en plus d'être
nécessaire.
En guise dorientation, voici quelques axes (larges et non exclusifs) de recherche autour de lidée d «Espagne libre »:
Les racines méditerranéennes
La vie politique
Camus et la révolte
Camus et la tyrannie
Les liens personnels
Structure chronologique prévue pour le colloque (PROVISOIRE)
Mercredi 7 novembre
16h00: Inauguration
16h30-17h30: Table ronde interdisciplinaire sur la réception dA. Camus
en Espagne
17h30-18h00: Pause
18h00-19h00: 3 communications (la Liberté, en général)
Dîner
Jeudi 8 novembre
9h30-11h00: 4 communications
11h00-11h30: Pause
11h30-13h00: 4 communications
13h00-13h30: Débat(s)
Déjeuner
16h00-17h30: 3 communications + débat
17h30-18h00: Pause
18h00-19h00: Table rondes sur la réception littéraire dA. Camus en
Espagne
Soirée théâtrale (à lInstitut français de Barcelone) + Dîner
Vendredi 9 novembre
- 3 ou 4 interventions
(communications et conférence(s))
- Causerie de clôture du colloque autour de la présence de lEspagne
dans la nouvelle édition de La Pléiade (à lInstitut Français de
Barcelone)
- Exposition / activité autour de luvre dA. Camus (à lInstitut
Français de Barcelone)
Comité organisateur: Montserrat Capdevila (Institut Français de Barcelone), Montserrat Cots (Universitat Pompeu Fabra), Alicia Piquer (Universitat de Barcelona), Hélène Rufat (Universitat Pompeu Fabra), Maite Sastre (Institut Universitari de Cultura - Universitat Pompeu Fabra), Guy Basset (Société des Études Camusiennes), Fabrice Bentot (Lycée français de Barcelone)
Comité scientifique: Christiane Chaulet-Achour (Université de Cergy-Pontoise), Rosa de Diego (Universidad del País Vasco), Agnès Spiquel (Société des Études Camusiennes, Université de Valenciennes), André Abbou (Université Paris XIII), Robert Dengler (Universidad de Salamanca), Pierre Masson (Université de Nantes), Maurice Weyembergh (Université Libre de Bruxelles)
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COLLOQUE DE TUNIS
Unité de Recherche « Poétique
théorique et pratique »
Ecole Normale Supérieure de Tunis
Société des Etudes Camusiennes
Centre de Recherche Textes et Francophonies
Institut Français de Coopération
Colloque international
6 -7- 8 décembre 2007
Tunis
«
Albert Camus, lécriture des limites et des frontières »
Camus place en exergue aux Lettres à un ami allemand ce mot de Pascal : « On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois ». Ce sens du défi (à lesprit de système), ce refus des positions exclusives semblent, selon nous, emblématiques de la tension qui caractérise la pensée, lesthétique, lécriture camusiennes.
Conjuguant plusieurs absolus, luvre
dAlbert Camus sengage dans les aventures cruciales de son temps
mais revisite le moralisme antique ou vise à lintemporel de la fable.
De par sa formation, cest sans doute dans la philosophie (pensée
grecque pré-socratique, Nietzsche
) que lécrivain puise cette idée
des limites quil réinvestit dans la littérature.
Il pratique le chevauchement des genres en se jouant de leurs marges ou de
leurs frontières, fondant la narration sur un soliloque, transposant des récits
en textes dramatiques, oscillant entre fiction politique et autobiographie
Luvre joue constamment de points de tension entre plusieurs
pôles opposés. Elle pratique lalternance abrupte dun texte à lautre
et concilie à lintérieur dun même ouvrage des registres
contrastés : concert polyphonique des voix, fulgurance aphoristique, souffle
lyrique, déconstruction ironique
Lécriture dAlbert Camus se déploie ainsi sur plusieurs
claviers énonciatifs et donne à lire des énoncés hybrides qui sont refus du
sens unifié et réducteur. Il sétablit alors entre ce « lieu commun » quest
le code et lirrésistible désir dinscrire son èthos particulier dans
la langue, un dialogue original que nous avons pris lhabitude
dappeler « style » et parfois « genre ».
Nous voulons nous interroger, dans
le cadre de ce colloque, à loccasion de la commémoration de lobtention
par Camus du Prix Nobel de littérature en 1957, sur cette écriture des limites
et des frontières dans son uvre en privilégiant les champs de la poétique
et de la stylistique, ce qui nexclurait pas des éclairages
philosophiques, dans la mesure où ils donnent toute leur portée aux choix
esthétiques.
Sans prétendre à lexhaustivité, quelques axes de recherches peuvent
être suggérés :
I. La notion de limite chez Camus
philosophe et essayiste.
II. Camus, entre lécriture personnelle, lécriture de la fiction
et les formes du discours moraliste.
III. Léthos camusien
IV. Camus et les genres : alternance, transgression, formes hybrides.
V. Camus et les voix : polyphonie, ironie, transmodalisations.
Délai de présentation des
propositions: 30 mai 2007
Résumé d'une dizaine de lignes à envoyer à: trabelsi_mustapha@yahoo.fr
Date limite de réponse et confirmation: 30 juin 2007
Comité organisateur:
Ali Abassi, Christiane Chaulet-Achour, Kamel Gaha, Kamel Hamdi, Martine Job, Philippe Mogentale, Salah Oueslati, Hassan Slimane, Mustapha Trabelsi
Comité scientifique:
Ali Abassi, Christiane Chaulet-Achour, Didier Coste, Kamel Gaha, Mohamed-Kameleddine Haouet, Martine Job, Philippe Mogentale, Pierre-Louis Rey, Agnès Spiquel, Mustapha Trabelsi
*
*
*
CONTRIBUTIONS
« Réflexions sur la générosité » : un article peu connu dAlbert Camus*
Dans Chroniques Algériennes, sous
le titre « Crise en Algérie », Camus a rassemblé une série darticles
quil avait publiés dans Combat à la suite de linsurrection
nationaliste avortée de Sétif en mai 1945( ). Dans un post-scriptum au premier
de ces articles, il a critiqué un autre journal qui sétait empressé daccuser
Ferhat Abbas, président des « Amis du Manifeste » , davoir organisé
directement ce que Camus appelait alors les « troubles » (Essais, 943). Dans un
article ultérieur consacré au parti du Manifeste, Camus a rappelé quavant
la guerre, Abbas avait été « un des partisans les plus résolus de la politique
dassimilation », et quà cette époque, « il dirigeait un journal, lEntente,
qui défendait le projet Blum-Viollette et demandait que soit enfin instaurée en
Algérie une politique démocratique où lArabe trouvât des droits
équivalents à ses devoirs. » (Essais, 954) . Ce que Camus na pas mentionné,
cest quen 1939, il avait publié lui-même un article dans lEntente
qui exprimait le même point de vue quil attribuait à Abbas .Cest
cet article, « Réflexions sur la générosité », quon réimprime ici pour la
première fois après près de soixante-dix ans.
LEntente anciennement lEntente franco musulmane
était un journal francophone algérien qui tirait à 3000 exemplaires et
dont le siège social était à Sétif. Son sous-titre annonçait que cétait l«
Organe hebdomadaire de la Fédération des Élus des Musulmans et de lUnion
Populaire Algérienne pour la Conquête des Droits de lHomme et du Citoyen
». Le directeur politique de LEntente était le docteur Mohamed
Bendjelloul, président de ladite Fédération. Abbas, qui avait fondé lUnion
Populaire Algérienne en 1938, était le rédacteur en chef du journal depuis 1937
. Il deviendra par la suite président de l'Assemblée nationale au lendemain de
lindépendance, avant de démissionner en signe de protestation contre la
décision du Front de Libération Nationale de faire de lAlgérie un état à
parti unique.
Du point de vue politique, Camus et Abbas semblaient faits pour sentendre.
Dans les années vingt, Abbas lui-même avait écrit des articles pour divers journaux,
dont lIkdam (« Courage ») de lémir Khaled, petit-fils du héros
nationaliste Abdelkader . De même, Herbert Lottman constate que Camus, alors quil
était toujours lycéen au début des années trente, faisait partie du groupe qui publiait
lIkdam, qui réclamait légalité entre Musulmans et Européens et une
fin à la législation discriminatoire . Bien quil ne soit pas impossible
que Camus ait rencontré Abbas à cette époque, il semble plus probable quil
la connu par lentremise de son ami Claude de Fréminville pendant la
période de leur adhésion mutuelle au Parti communiste. Abbas était parmi les
contacts de de Fréminville, qui publiait des tracts et des périodiques non
seulement pour les communistes mais aussi pour des organisations nationalistes
. Selon sa femme Jeanne, le PC la accusé davoir acheté son matériel
dimprimerie avec des fonds obtenus dAbbas, et lorsque de Fréminville
a quitté le parti à la fin de 1937, il se disait « ferhatiste » .
Il faut aussi tenir compte des activités contemporaines de Camus au
sein de la Maison de la Culture dAlger, dont il était le secrétaire
général . Une des organisations associées à la Maison était lUnion Franco
Musulmane, dirigée par de Fréminville, mais fondée, selon Marguerite Dobrenn,
par Camus lui-même . LUnion publiait des tracts sur la représentation des
musulmans au parlement, et le 26 avril 1937, Camus et le secrétaire de lUnion
(de Fréminville, sans doute) ont fait des discours à une réunion sur les
intellectuels et le projet Viollette . Le mois suivant, un « Manifeste des
intellectuels dAlgérie en faveur du projet Viollette » (I, 572-73)
sans les noms de ses cinquante signataires, mais présenté comme une initiative
de la Maison de la Culture a été publié dans le deuxième numéro de Jeune
Méditerranée, le bulletin mensuel de celle-ci.
Le projet Viollette avait été déposé en 1931 par Maurice Viollette, lancien
gouverneur général de lAlgérie, et puis de nouveau en 1936 après lavènement
au pouvoir du Front populaire sous Léon Blum (doù son autre nom, projet «
Blum-Viollette »). Viollette envisageait « lincorporation progressive de
tous les indigènes dAlgérie dans le corps électoral français au fur et à
mesure que leur évolution les amènerait à penser français et sans quil y
ait lieu de sinquiéter du statut personnel » cest-à-dire
les coutumes, religieuses ou autres, incompatibles avec le Code civil français.
Bien que le projet neût commencé que par permettre à une élite de quelque
24 000 musulmans dacquérir la citoyenneté française (et donc le droit de
vote), le manifeste de la Maison de la Culture lavait décrit comme « une
étape dans lémancipation parlementaire intégrale des musulmans » (I, 573;
cest moi qui souligne). Comme Camus l'a expliqué en 1945 dans sa série darticles
sur la crise en Algérie, la réaction des grands colons et des maires dAlgérie
a été cependant telle que le projet a été abandonné.
Ce que Camus appelle l« étouffement » du projet Blum-Viollette
et la crise en Europe créée par lagressivité croissante des pouvoirs
fascistes fournissent les deux contextes politiques explicites pour «
Réflexions sur la générosité ». De ce point de vue, limportance de cet
article est que, quelques mois avant le déclenchement de la guerre, Camus sest
montré un partisan inébranlable de la démocratisation en Algérie. Mais il faut
aussi tenir compte dun autre contexte auquel larticle ne fait pas référence
: lessor du nationalisme algérien par suite, précisément, de labandon
du projet Blum-Viollette et de certains contretemps dans le processus
démocratique en ce qui concernait les élections « indigènes ». Dans les
élections départementales du 23 et 30 avril 1939, par exemple quelques
jours avant la publication de « Réflexions sur la générosité » la préfecture
dAlger avait fini par invalider lélection du candidat du Parti du
peuple algérien (PPA), le parti nationaliste radical mené par Messali Hadj.
Le 24 avril déjà, dans un article dAlger républicain, un certain
« Antar » avait donné une vue densemble des trois principales
organisations politiques qui proposaient des candidats aux élections : le PPA,
le Parti communiste et les Jeunesses du Congrès musulman algérien, dont
faisaient partie les ferhatistes. La description de ce dernier parti donnée par
Antar ne laissait guère de doute sur ses sympathies : « La jeunesse du Congrès
tient le juste milieu. Ses militants, non dénués de maturité et dintelligence
politiques, ont su se garder de tout extrémisme dangereux, comme de toute
démagogie intéressée. » Ce qui insinuait, évidemment, que les militants
du PC étaient des démagogues intéressés et les militants du PPA des extrémistes
dangereux. Antar faisait ensuite allusion à léchec du projet
Blum-Viollette, en rappelant à ses lecteurs « [le] profond découragement [
]
des masses indigènes, dès le jour où elles constatèrent que les maires
fascistes algériens avaient su imposer leur volonté au gouvernement de la
République en empêchant la prise en considération de leurs doléances les plus
chères. ». Selon Antar, les électeurs musulmans avaient manifesté leur profonde
désillusion et leur mécontentement en votant comme ils lavaient fait
cest-à-dire en donnant la majorité de leurs votes au candidat du
PPA, quil décrivait comme « un parti qui passe pour avoir des tendances
subversives ».
Larticle
Antar sur les élections départementales a été suivi, non seulement de «
Réflexions sur la générosité », mais aussi de quatre autres articles de Camus
sur la politique franco musulmane. Dans leur ensemble, ces articles
parus dans trois publications différentes et sadressant à trois publics
différents constituent une sorte de campagne journalistique personnelle
contre la répression de la dissidence algérienne et en faveur dune
politique coloniale démocratique, juste et prudente. Dans le premier de ces
articles, publié le 10 mai dans Alger républicain, Camus prête son appui
aux efforts pour réanimer le projet Blum-Viollette et demande la libération des
détenus politiques algériens, y compris Messali Hadj . Dans le deuxième, « La
justice et lempire », du 16 mai, il manie l'ironie cinglante pour dénoncer
les suites de lassassinat aveugle, par un inspecteur et un agent de
police, de deux anciens combattants algériens qui assistaient à une réunion
publique tenue par le candidat de la Fédération des élus. Les assassins avaient
bénéficié dun non-lieu, tandis que lEntente, attaquée en
diffamation par lun des inculpés, avait été condamnée à mille
francs de dommages et intérêts. Proposant que lon y ajoute une amende aux
familles des victimes, Camus conclut que, de cette façon, « la sollicitude que
nous portons au peuple arabe de ce pays recevrait une fois de plus une
convaincante illustration » (I, 649).
Comme le constate André Abbou, le troisième article, une « Lettre dAlger
» sur les progrès du nationalisme algérien, paru dans la Revue
Méditerranée-Afrique du Nord du 1er juin 1939, fait écho à larticle
Musulmane dans sa structure, ses appréciations et dans ses expressions . De
même, on peut noter que cette lettre recoupe « Réflexions sur la générosité » à
trois endroits :
« Réflexions sur la générosité » (4 mai 1939)
« Lettre dAlger » (1er juin 1939)
« ce peuple qui leur offrait son sang, ils venaient de lui refuser le droit
de sexprimer. » « il est difficile de refuser la parole à des
hommes dont on va demander le sang » (I, 873)
« Jentends dici les grandes voix des colons français répondre
que lheure nest pas aux projets démancipation. Et quen
ces temps de péril extérieur, toute leur attention va à la défense nationale.
» « On entend dire ici que lheure nest pas aux réformes et
que la défense nationale prime les autres préoccupations.» (I, 872-873)
« Ce peuple [...] veut tenir la balance de ses droits et de ses devoirs
» « les Jeunesses du Congrès musulman demandent, sur un ton modéré, quon
tienne la balance égale entre les droits et les devoirs du sujet arabe » (I,
871)
Entre le 5 et le 15 juin Camus
publie les articles regroupés plus tard dans « Misère de la Kabylie », et entre
le 21 juin et le 28 juillet ses reportages sur le procès pour homicide du
cheikh el-Okbi, ex-vice-président modéré de lAssociation des oulémas
(théologiens islamiques) et membre du Congrès musulman algérien. Dans le
quatrième de sa série darticles sur la politique franco musulmane, « De
malencontreuses poursuites » , paru dans lAlger républicain du 18
août, Camus réitère largument de sa « Lettre dAlger » : que ce quil
appelait les « persécutions » dont on poursuivait le nationalisme algérien ne
servaient quà le fortifier. Selon lui, il fallait examiner les
revendications du PPA « dans un esprit de générosité et de justice ». La seule
manière denrayer le nationalisme algérien, conclut-il, était de « supprimer
linjustice dont il est né ».
Pour Camus, il ny avait aucune contradiction entre, dune
part, la démocratie et la justice comme des fins en soi, et dautre part,
lintérêt de la France, des Français de lAlgérie et des Algériens
eux-mêmes. De même quAbbas avant que celui-ci nait perdu ses
illusions , Camus croyait désespérément ses remarques dans « Réflexions
sur la générosité » en témoignent à lidéal de la « mission
civilisatrice » de la France en Algérie, ne pouvant et ne voulant pas accepter
linacceptable réalité du colonialisme. Cela dit, on ne peut sempêcher
dêtre frappé par la force de son argument et de se demander si lhistoire
de lAlgérie naurait pas pu être différente, si on en avait tenu
compte.
Nous avons redécouvert lexistence de « Réflexions sur la
générosité » grâce à une mention dans lHistoire de lAlgérie
contemporaine de Charles-Robert Ageron. Il convient donc de laisser le dernier
mot de cette introduction à Ageron, qui décrit lauteur de cet article
comme « une voix où la générosité salliait à lintelligence
politique » .
Neil Foxlee
*
REFLEXIONS SUR LA GÉNÉROSITÉ
par ALBERT CAMUS
Ceux qui ont eu le triste
courage de lire les journaux dans la semaine qui précéda laccord de
Munich , nont pas manqué de remarquer dans la presse algéroise la place
importante donnée aux manifestations de « loyalisme » des Musulmans dAlgérie.
Des journaux, dont le moins quon puisse dire est quils nont
prêté leur attention au peuple arabe que pour lui refuser ce quil lui
arrivait de demander, dressaient chaque jour un tableau dhonneur de déclarations
de fidélité à la France que leur adressaient un certain nombre de personnalités
musulmanes.
Personne, à vrai dire, ny voyait dinconvénients. Peu de
Français cependant ont su remarquer que ces manifestations (je me souviens dun
cliché de « lEcho dAlger » où quatre cents indigènes de Mascara
défilaient pour affirmer leur solidarité à la France) suivaient de quelques
mois létouffement du projet Viollette . Moins de Français encore ont
songé à sen étonner. Il y a des choses sans doute qui paraissent
naturelles. Mais enfin, il faut être soi-même généreux pour trouver naturelle
la générosité. Et lon aurait voulu que certains qui faisaient si grand
tumulte autour du loyalisme de nos populations missent plus de pudeur dans létalage
de leur satisfaction. Car enfin, ce peuple qui leur offrait son sang, ils
venaient de lui refuser le droit de sexprimer.
On pouvait attendre, du moins, quune fois lalerte passée,
les mêmes journaux se souvinssent de ce geste. Mais la presse dont il sagit
ne sest départie de son silence que pour dénoncer le projet Viollette ou
renier linoffensif projet Duroux . Encore une fois, les Musulmans en sont
pour leurs frais de générosité. Jentends dici les grandes voix des
colons français répondre que lheure nest pas aux projets démancipation.
Et quen ces temps de péril extérieur, toute leur attention va à la
défense nationale. Mais cette défense nationale trouve un de ses appuis le plus
certain dans ses conscrits musulmans. Après la générosité, cest donc la
logique qui sera méprisée.
Certes, on paraîtrait naïf à montrer trop détonnement. Nous
connaissons cette politique. Elle est sur de celle qui consiste à dire
aux indigènes musulmans : « Vous voulez voter. Demandez votre naturalisation »
et à refuser neuf demandes de naturalisation sur dix , de celle qui consiste à
dire : « Vous désirez avoir votre représentation. Abandonnez votre statut
personnel », quand par la juridiction du mariage musulman et le service
militaire obligatoire, on na pas craint dentamer profondément ce
statut personnel, de celle encore qui ne veut offrir quaux universitaires
musulmans le droit de se faire entendre dans le même temps où elle laisse neuf
cent mille enfants hors des écoles où les diplômes sacquièrent. Elle est
sur enfin de toutes les petites intrigues qui ternissent ici le visage dune
France qui se voudrait généreuse et qui reçoit des leçons de grandeur de
ceux-là mêmes quelle a pour mission déduquer .
Il ne sagit pas ici de faire du sentiment à propos de politique.
Mais nous sommes pourtant un certain nombre à nous faire une autre idée de la
mission de la France en ce pays. Et à penser que la conquête dun pays na
pas dexcuses tant quelle ne se consacre pas dans la conquête des curs
. Ce peuple qui demande aujourdhui à devenir français, et qui veut tenir
la balance de ses droits et de ses devoirs, il est singulier quon lui
refuse avec autant de persévérance ce que nous devrions être surpris et fiers
de lui voir demander. Et ce nest pas la moindre honte de certains Français
dAlgérie de voir les instincts généreux dun peuple désintéressé
tour à tour utilisé et méprisé pour des fins politiques.
Dans ce journal, du moins, nous pouvons affirmer notre solidarité et
demander à nouveau que la France sache reconnaître où se trouve sa vraie
grandeur. La générosité est une vertu difficile à pratiquer. Elle demande quon
sache oublier. Mais elle exige aussi de la mémoire. Les Musulmans ont montré quils
étaient capables doublier. Il serait navrant que le Gouvernement de la
République ne sache pas se souvenir.
Albert CAMUS
Les
villes dAlbert Camus, architectures, activités, métaphores
Ce sont souvent des amours
secrètes, celles quon partage avec une ville. (OC I, 117) (1). Par cette
phrase, Camus donne le ton. Le rapport quil entretient avec la ville loin
dêtre anodin, est précieux, puissant et relève de lintime : Oui, je
perds pied. Japprends quil en est des villes comme de certaines
femmes, qui vous bousculent et vous écorchent lâme, et dont on emporte
sur tout le corps la chère brûlure, à la fois scandale et délectation. (OC II,
691) (2).
Bien dautres références pourraient venir illustrer ce propos car la
ville est une thématique chère à Camus. On lassocie régulièrement à
Alger et Oran, villes où il a vécu durant son enfance et sa jeunesse et dont il
parle avec beaucoup démotion : Mais Alger, et avec elle certains milieux
privilégiés comme les villes sur la mer, souvre dans le ciel comme une
bouche ou une blessure. (OC I, 117) (1).
Je rentre à peine dOran où jai passé trois jours merveilleux à
me baigner, à me promener et à rire. Cest une ville brutale et féconde où
je suis content davoir beaucoup damis. [
] Et je me sentais
libre et sans attaches dans une ville que jaimais. Cest un
sentiment rare et précieux. (37) (3).
Les villes que la plume de Camus nous invite à découvrir sont bien plus
nombreuses et variées. Litinéraire que nous allons parcourir nous
conduit, outre Alger et Oran, à Rome, Prague, Marseille, Athènes, Florence,
Paris, Pise, Tipasa, Turin, Amsterdam, Cadix, Venise, Djémila, New-York et
Mycènes. De la vue panoramique qui situe la ville dans un contexte, nous sommes
invités à découvrir les quartiers, les rues, les monuments pour venir ausculter
lhomme qui construit et peuple ces cités. Ce cheminement ne prétend pas à
lexhaustivité, il ne mentionne pas Rio de Janeiro, Gènes,
Montréal, Rotterdam, Délos, Philadelphie, Breslau, Palma, Urbino, Constantine,
Vienne autant de villes qui pourraient y avoir une place. Il nous
entraîne de la ville bâtie à la ville métaphore, de la ville active à la
ville mémoire, de larchéologie à la ville future. Les extraits des textes
de Camus nous ont paru suffisamment nombreux sur ces sujets pour nous
inviter à une relecture de luvre, à une pérégrination vers la
réception d'une polyphonie qui mêle le chant des pierres et le chant des
hommes, tout en gardant en mémoire cette étrange et insupportable
certitude [...] que la beauté monumentale suppose toujours une servitude. (C3,
138) (4).
Considérant dabord le panorama dans lequel sinscrivent les
villes, cest en choisissant de se laisser apprivoiser que chacun dentre
nous pourra progresser vers le centre, atteindre ainsi le cur le plus
intime de la cité pour y découvrir un cheminement intérieur vers cette vie
rebelle à loubli, rebelle au souvenir, dont parle Stevenson. (II, 882)
(5). Ainsi de la ville au quartier et du quartier au bâtiment,
Camus observe, décrit avec précision. Il est donc facile de les retrouver et
les reconnaître aujourdhui : Le lycée où avaient lieu les examens se
trouvait de lautre côté exactement, à lautre extrémité de larc
de cercle que formait la ville autour du golfe, dans un quartier autrefois
opulent et morne, et devenu, par la vertu de limmigration espagnole, un
des plus populaires et des plus vivants dAlger. Le lycée lui-même était
une énorme bâtisse carrée surplombant la rue. On y accédait par deux escaliers
de côté et un de face, large et monumental que flanquaient de chaque côté de
maigres jardins plantés de bananiers protégés par des grilles contre le
vandalisme des élèves. (161) (6). Il sinterroge aussi sur larchitecture
et ce quelle induit nous invitant à la réflexion : [
] Une
architecture un peu précieuse darcs brisés et de mosaïques reculait
devant la plénitude odorante du soleil. (OC I, 968) (1).
En avril 1939, lors de son premier voyage à Oran, Camus note dans ses
Carnets : Un paysage peut être beau sans être grand. Il peut même manquer la
grandeur dun rien. Cest ainsi que la baie dAlger manque la
grandeur par excès de beauté. Mers-el-Kébir vu de Santa Cruz, au contraire,
donne la mesure de la grandeur. (OC II, 876) (2).
La différence marquée entre les deux villes, Camus la cultive. Elle
alimente sa réflexion. Avec lui, nous nous attarderons d'abord à Oran et Alger,
deux villes quil connaît bien : A première vue, Oran est, en effet, une
ville ordinaire et rien de plus quune préfecture française de la
côte algérienne. (OC II, 35) (2).
[Oran] Voyez plutôt : Santa Cruz ciselée dans le roc, les montagnes, la mer
plate, le vent violent et le soleil, les grandes grues du port, les
trains des hangars, les quais et les rampes gigantesques qui gravissent le
rocher de la ville, et dans la ville elle-même ces jeux et cet ennui, ce
tumulte et cette solitude. (II, 818) (5).
Et puis ce fut Alger, la lente arrivée au matin, la cascade éblouissante de
la Kasbah au-dessus de la mer, les collines et le ciel, la baie aux bras
tendus, les maisons parmi les arbres et lodeur déjà proche des
quais. (OC I, 1154 ) (1).
Le panorama, la vue générale, bref la globalité, sont souvent la première
approche dune ville et sils suffisent à lappréhender, ils ne
permettent pas de la connaître, de la sentir, de la vivre. Pour cela il faut
plus de temps, plus de curiosité, plus dintérêt surtout. En fait, il faut
changer déchelle. Il faut sapprocher, simmiscer, se
rendre disponible.
En 1941, Camus sinstalle à Oran, après avoir vécu à Alger. Il garde
des amis fidèles dans les deux villes et se déplace en permanence de lune
à lautre. Il joue, « humorise » et utilise à dessein lantagonisme
des deux cités quil décrit à de nombreuses reprises dans son uvre :
Leur rivalité est dautant plus forte quelle ne tient sans doute à
rien. Ayant toutes les raisons de saimer elles se détestent en
proportion. (II, 821) (5).
I. Les textes de Camus proposent une visite dAlger. Ainsi, du jeu de cubes blanc de la Kasbah. (OC I, 119) (1) qui domine le port, première impression de la ville, on arrive en prenant le bus jusquau terminus à la place du Gouvernement où les enfants descendaient. La place, encadrée darbres et de maisons à arcades sur trois côtés, ouvrait sur la mosquée blanche puis sur lespace du port. Au milieu, sélevait la statue caracolante du duc dOrléans couverte de vert-de-gris sous le ciel éclatant. (197) (6). Et, pour peu que lon prenne le temps de se promener, de déambuler, on découvre émerveillé un Alger plus secret que la main de lhomme a façonné avec amour : La paix qui descend du ciel est inquiétée par les maisons qui se bousculent jusque vers leau quelles heurtent sans transition. Leurs coups de coude creusent des rues, des impasses, des remous de terrasses qui grimacent des insultes au calme du soir. (OC I, 968) (1).
Dans Le Premier Homme, Alger tient
le premier rôle. Camus décrit la ville avec émotion et précision : La rue
Bab-Azoun débouchait pour finir dans une grande place où, à gauche et à droite,
sélevaient face à face le lycée et la caserne. (202) (6).
La grande poste se trouvait à deux cents mètres sur un large boulevard qui
montait du port jusquau sommet des collines où la ville était construite.
Sur ce boulevard, Jacques retrouvait lespace et la lumière. La poste
elle-même, installée à lintérieur dune immense rotonde, était
éclairée par trois grandes portes et une vaste coupole doù ruisselait la
lumière. (245) (6).
Dans Le Minotaure au contraire, cest Oran qui est sur le devant de la
scène. Avec humour et passion Camus évoque la cité. Lopposition est
nette, incisive. Ici la main de lhomme ne sapproche pas du divin,
elle ne cisèle pas. Elle simpose et torture les paysages. Elle provoque :
Il est dautres monuments oranais. Ou du moins, il faut bien leur donner
ce nom puisque eux aussi témoignent pour leur ville, et de façon plus
significative peut-être. Ce sont les grands travaux qui recouvrent actuellement
la côte sur une dizaine de kilomètres. En principe, il sagit de
transformer la plus lumineuse des baies en un port gigantesque. En fait, cest
encore une occasion pour lhomme de se confronter avec la pierre. (II,
826) (5).
[La Maison du Colon] Si lon en juge par lédifice, ses vertus
sont au nombre de trois : la hardiesse dans le goût, lamour de la
violence, et le sens des synthèses historiques. LEgypte, Byzance et Munich
ont collaboré à la délicate construction dune pâtisserie figurant
une énorme coupe renversée. (II, 825) (5).
Si comme lécrit Camus La cité elle-même on doit lavouer est
laide. (OC II, 35) (2), elle nen est pas pour autant dénuée de tout
intérêt, bien au contraire car [
] cette application dans le mauvais
goût prend ici une allure baroque qui fait tout pardonner. (II, 815) (5) Oran
est différente, voilà tout : Daspect tranquille, il faut quelque temps
pour apercevoir ce qui la rend différente de tant dautres villes commerçantes,
sous toutes les latitudes. (OC II, 35) (2). Cet aspect tranquille ne doit
pas faire oublier que la ville lutte pour simposer dans une nature
hostile : Tout autour et au-dessus de la ville, la nature brutale de lAfrique
est en effet parée de ses brûlants prestiges. Elle fait éclater le décor
malencontreux dont on la couvre, elle pousse ses cris violents entre chaque
maison et au-dessus de tous les toits. (II, 819) (2).
Si Alger et Oran occupent une place de choix parmi les villes décrites par
Camus, elles ne sont pas les seules à le bousculer et à lémerveiller. Dès
1936, Camus voyage en Europe, il aborde certains pays de lEst,
lautre rive de la Méditerranée et certains pays du Nord.
Durant lété 1936, Camus entreprend son premier grand périple
accompagné de sa femme Simone et de son ami Yves Bourgeois. Ils visitent
Innsbruck puis Salzbourg. Mais le jeune couple connaît des difficultés et
Camus part seul à la découverte de Prague : Jarrivai à Prague à six
heures du soir. [
] Je sortis de la gare, marchai le long des jardins et
me trouvai soudain jeté en pleine avenue Wenceslas, bouillonnante de monde à
cette heure. [
] et jexplorais la ville. (OC I, 55) (1).
Il y séjourne quatre jours, solitaire et déprimé. Il est dépaysé et se
sent mis en danger : Ville dont je ne sais pas lire les enseignes, caractères
étranges où rien de familier ne saccroche, sans amis à qui parler, sans
divertissement enfin. (OC I, 57) (1).
A Prague, Camus nest pas heureux. La découverte de la ville se fait
dans la douleur et la solitude : Me voici sans parure. [
] Je perdis
pied. [
] Jaurais pleuré comme un enfant si quelquun
mavait ouvert ses bras. [
] A Prague jétouffais entre des
murs. (OC I, 57, 60, 62) (1).
Je me perdais dans les somptueuses églises baroques, essayant dy
trouver une patrie, mais sortant plus vide et désespéré de ce tête à tête avec
moi-même. [
] Eglises, palais et musées, je tentais dadoucir mon
angoisse dans toutes les uvres dart. (OC I, 57) (1).
Sur le chemin du retour, en traversant lItalie, Camus se sent
revivre: Jentre en Italie. Terre faite à mon âme. (OC I, 60)
(1). Il découvre Venise en compagnie de Simone, sa femme, et
de leur ami commun Yves Bourgeois « A Venise, rêve taillé dans la pierre,
la brique et leau, Bourgeois les mène au pas de charge place Saint-Marc.
» (118) (8). précise Olivier Todd. La rapidité de la visite, lépuisement
du voyage et le plaisir de retrouver lItalie ne permettent pas à Camus de
remarquer la décrépitude de la ville quil notera cependant quelques années
plus tard dans ses Carnets : Cette chaleur molle et brûlante semblait ronger à
nu la ville de plus en plus décrépite, la splendeur écaillée des palais, les
campi brûlants, les fondations et les pieux damarrage moisis, et Venise senfonçait
un peu plus dans la lagune. (C3, 269) (4).
Lété suivant, il retourne en Italie, visite Pise et Florence :
Je sais déjà ce que jattends. Après ce bondissement de vie, ce sera ce
singulier instant, les cafés fermés et le silence soudain revenu où jirai
par des rues courtes et obscures par le centre de la ville. LArno
noir et doré, les monuments jaunes et verts, la ville déserte, comment décrire
ce subterfuge si soudain et si adroit par lequel Pise à dix heures du soir se change
en un décor étrange de silence, deau et de pierres. (OC I, 130) (1).
A Florence, je montais tout en haut du jardin Boboli, jusquà une
terrasse doù lon découvrait le Monte Oliveto et les hauteurs de la
ville jusquà lhorizon. (OCI, 135) (1).
Le jardin Boboli, Camus lévoque comme le jardin dEden. Il y règne labondance, le merveilleux, la sensualité et linnocence : A portée de ma main, au jardin Boboli, pendaient dénormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais. (O C I, 137) (1).
Dès 1942, Camus, bloqué par la
guerre, ne peut rejoindre lAlgérie et Oran où se trouve Francine, sa
deuxième femme. Il sinstalle en France. Invité pour une tournée de
conférences, il embarque pour les Etats-Unis le 10 mars 1946 ; cest son premier
voyage sur le continent américain et larrivée à New York ne peut
laisser indifférent un homme qui sort de cinq années de guerre : Nous remontons
le port de New York. Spectacle formidable malgré ou à cause de la brume. Lordre,
la puissance, la force économique est là. (28) (7).
Dans une lettre adressée à Louis Germain son instituteur, en juin de la même
année, il évoque un grand pays fort et discipliné dans la liberté (11) (7). En
effet comment ne pas être impressionné par New York quand on arrive dune
Europe profondément marquée par la guerre et dont la plupart des villes portent
une blessure ouverte. Souvenons-nous que Paris, à ce moment-là, est une ville
encore soumise aux restrictions. Camus est éberlué. Une véritable débauche de
lumières évince la nuit et le surprend. Il utilise à plusieurs reprises limage
du bûcher et de lincendie pour traduire son émotion : Le soir,
traversant Broadway en taxi, fatigué et fiévreux, je suis littéralement
abasourdi par la foire lumineuse. Je sors de cinq ans de nuit et cette orgie de
lumières violentes me donne pour la première fois limpression dun
nouveau continent
(31) (7).
Dans la nuit avec ses millions de fenêtres éclairées, et ses grands pans
noirs qui portent ce clignotement à mi-hauteur du ciel, jai
limpression dun gigantesque incendie en voie dachèvement qui
dresserait devant lhorizon des milliers dimmenses carcasses noires
et farcies encore par des points de combustion. (36) (7). Camus prend de
nombreuses notes quil consigne dans ses Carnets, elles attestent, dune
certaine manière, de limpact de ce séjour. Elles seront publiées dans Les
Journaux de voyage et donneront naissance à un très beau texte, Pluies de New
York : Jai mes idées sur dautres villes. Mais de celle-ci je ne
garde que ces émotions puissantes et fugitives, une nostalgie
impatientée, les instants du déchirement. Après tant de mois, je ne sais rien
de New York.
(OC II, 691) (2).
Au milieu de la nuit, quelquefois, par-dessus les sky-scrapers, à travers
des centaines de hauts murs, un cri de remorqueur venait retrouver mon
insomnie, et me rappeler que ce désert de fer et de ciment était aussi une île.
Je retrouvais alors la mer, jétais au bord de ma patrie. (OC II, 692)
(2).
II. Jai aimé New York, de ce puissant amour qui vous laisse parfois
plein dincertitudes et de détestation : il arrive quon ait besoin
dexil. (OC II, 693) (2).
New York sera à nouveau évoquée en 1954 dans le récit La mer au plus près qui
fait partie du recueil LEté : Jétouffais alors, ma panique allait
crier. Mais à chaque fois, un appel lointain de remorqueur venait me rappeler
que cette ville, citerne sèche, était une île, et quà la pointe de la
Battery leau de mon baptême mattendait, noire et pourrie, couverte
de lièges creux. (II, 880) (5).
En 1954 et 1955, Camus habite Paris mais il alterne les voyages dans des
pays de brume et des pays de soleil. Il découvre la Hollande et la Grèce,
retourne en Italie. Cest en octobre 1954 quil part pour la
Hollande. Les notes quil consigne dans ses Carnets à ce moment-là
annoncent le récit de La Chute : Comment prêcherait-il la justice, celui qui nest
même pas arrivé à la faire régner sur sa vie ? (C3, 125) (4). Amsterdam
et Paris sont les deux villes de ce récit. Deux villes dont Camus parle
peu par ailleurs : Ferez-vous un long séjour à Amsterdam ? Belle ville, nest-ce
pas ? Fascinante ? Voilà un adjectif que je nai pas entendu depuis
longtemps. (I, 1478) (9).
[Paris]Jétais monté sur le pont des Arts, désert à cette heure, pour
regarder le fleuve quon devinait à peine dans la nuit maintenant venue. Face
au Vert-Galant, je dominais lîle. (I, 1495) (9).
En avril 1955, Camus découvre la Grèce. Lambiance des villes grecques
est donc très présente dans le cur de Camus au moment où il écrit La
Chute. Le souvenir des cités établies dune part sur la côte de la Mer du
Nord, dautre part sur la côte de la Méditerranée simpose et
soppose à la fois. Ainsi, le peuple dAmsterdam semble coincé dans
un petit espace de maisons et deaux, cerné par des brumes. (I, 1482)9 et
la cité elle-même est un lieu où linnocence na pas véritablement sa
place. Le contraste avec la Grèce est grand : A propos, connaissez-vous la
Grèce ? Non ? Tant mieux ! Quy ferions-nous, je vous le demande ? Il y
faut des curs purs. [
] Avant de nous présenter dans les îles
grecques, il faudrait nous laver longuement. Lair y est chaste, la mer et
la jouissance claires. Et nous,
(I, 1525) (9).
Dans La Chute, Camus sapplique à mentionner le paysage quil
a découvert lors de son voyage en Hollande. Tout au long du récit, il
décrit des ambiances mais aussi des villes, des rues et des lieux précis tel le
café Mexico-City, la maison du vendeur desclaves etc. : Son métier
consiste à recevoir des marins de toutes les nationalités dans ce bar dAmsterdam
quil a appelé dailleurs, on ne sait pourquoi, Mexico-City. (I,
1477) (9)
Mais le passé du héros de La Chute se situe à Paris, ville que Camus évoque
régulièrement par touches brèves, toujours de manière furtive, comme dans LEtranger
ou La Peste : [LEtranger] et Marie ma dit quelle aimerait
connaître Paris. Je lui ai appris que jy avais vécu dans un temps et elle
ma demandé comment cétait. Je lui ai dit : « Cest sale. Il y
a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. » (OC I,
165) (1)
[La Peste] Les images qui lui étaient le plus difficiles à porter
alors, du moins selon ce quil en disait à Rieux, étaient celles de Paris.
Un paysage de vieilles pierres et deaux, les pigeons du Palais-Royal, la
gare du Nord, les quartiers déserts du Panthéon, et quelques autres lieux dune
ville quil ne savait pas avoir tant aimée poursuivaient alors Rambert et
lempêchaient de rien faire de précis. (OC II, 109) (2).
En novembre 1954, entre son voyage en Hollande et son voyage en Grèce, cest
lItalie que parcourt Camus pour une tournée de conférences. Il y fait
plusieurs haltes et séjourne dabord à Turin et Gènes : Longue
promenade sur les collines de Turin. Tout autour dans le ciel les Alpes
neigeuses surgissent et disparaissent dans le brouillard. Lair est frais,
humide, parfumé dautomne. (C3, 133) (4). Pour Camus, Turin
est avant tout une des dernières étapes de la vie de Nietzsche et les pensées
du philosophe allemand laccompagnent : Jaime les grandes rues dallées
et espacées. Ville bâtie despace autant que de murs. Je vais voir la
maison du 6 via Carlo Alberto où Nietzsche a travaillé puis sombré dans la
folie. (C3, 132) (4).
Pendant ce voyage il découvre Rome, ville ensoleillée, engageante, qui
semble le rassurer parce que lordre ny règne pas en maître : Après
tant dannées dune ville sans lumière, de levers dans le brouillard,
parmi les murs, je me nourris sans cesse de cette ligne darbres et de
ciels qui va de la Porta Pinciana à la Trinidà dei Monti et derrière laquelle
Rome roule ses coupoles et son désordre. (C3, 137) (4).
Rome pèse ainsi, mais dun poids sensible et léger, on la porte sur le
cur comme un corps de fontaines, de jardins et de coupoles, on respire
sous elle, un peu oppressé, mais étrangement heureux. Cette ville relativement
petite mais dont les perspectives aériennes éclatent parfois au détour dune
rue, cet espace sensible et borné respire ensemble avec le voyageur et vit avec
lui. (C3, 137) (4).
Camus est attentif à larchitecture, à lintégration de
celle-ci dans la nature, à ce quelle dégage. A Rome, il est frappé par le
fait que la ville alterne les espaces ouverts des nombreuses places et
les espaces resserrés des ruelles : Places de Rome. Piazza Navona. SantIgnacio
et les autres. Elles sont jaunes. La vasque des fontaines est un peu rose sous
le jaillissement baroque de leau et des pierres. (C3, 138) (4).
Tristesse de Rome aussi avec ses rues trop hautes et trop tendues. Cest
pourquoi les places y sont si belles, elles délivrent, le baroque triomphe
alors du romain. (C3, 147) (4).
Pour Camus, larchitecture est une notion familière. Et après tout, la
réflexion d'un auteur sur la structure de son uvre littéraire est
peut-être plus proche qu'il n'y paraît de la réflexion de l'architecte
sur la structure du bâtiment qu'il élabore. Parmi ses amis, Camus compte
quelques architectes dont Louis Miquel et Jean de Maisonseul. Avec eux, il
visite des chantiers, réfléchit à leurs implantations.
En février 1955, après le tremblement de terre qui détruit Orléansville, il
visite le chantier de reconstruction avec Jean de Maisonseul. Il observe à ce
moment-là : La jeune équipe darchitectes qui échappent à laccablement
parce quils voient cette ville dans lavenir. (C3, 155)
(4). Sensible aux conséquences que les chantiers entraînent, Camus
ne peut se départir dune certaine nostalgie : Javais toujours su
que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos
décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours
neuve. (II, 874) (5). Il perçoit, au-delà de la performance, le prix
humain des grandes réalisations et des projets titanesques : Cest une
étrange et insupportable certitude que de savoir que la beauté monumentale
suppose toujours une servitude, quelle est pourtant la beauté et quon
ne peut pas ne pas vouloir la beauté et on ne peut vouloir la servitude ; la
servitude nen reste pas moins inacceptable. Peut-être est-ce pour cela
que je mets au-dessus de tout la beauté dun paysage, elle nest payée
daucune injustice et mon cur y est libre. (C3, 138) (4).
Avec la fin de la guerre, vient le
temps de la reconstruction. Les villes voient peu à peu leur développement
sintensifier. Lextension se fait tentaculaire jusquà inverser
le processus comme le fait remarquer Lewis Mumford quand il dit : « Autrefois
les cités formaient de petits îlots dans limmense surface des terrains
agraires ; mais de nos jours, de plus en plus les terres cultivées apparaissent
comme des îlots de verdure, entourés dune marée montante dasphalte,
de brique ; de ciment et de pierre, qui couvre les sites, ou les rend impropres
à tout autre usage que celui de futurs terrains à bâtir. » (659) (10). Face à cet
engouement Camus sinquiète : Nous tournons le dos à la nature, nous avons
honte de la beauté. [
] Nous vivons ainsi le temps des grandes villes. Délibérément,
le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence. La nature, la mer, la
colline, la méditation des soirs. (II, 854) (5). New York, avec son
gigantisme et sa prétention, tout comme les grands chantiers dOran,
alimentent son propos : [New York] Huit millions dhommes, lodeur de
fer et de ciment, la folie des constructeurs, et cependant lextrême
pointe de la solitude. (OC II, 690) (2).
[Oran] Lhomme, au milieu de ce chantier, attaque la pierre de front.
Et si lon pouvait oublier, un instant au moins, le dur esclavage qui rend
possible ce travail, il faudrait admirer. Ces pierres, arrachées à la montagne,
servent lhomme dans ses desseins. Elles saccumulent sous les
premières vagues, émergent peu à peu et sordonnent enfin suivant une jetée,
bientôt couverte dhommes et de machines, qui avancent, jour après jour,
vers le large. Sans désemparer, dénormes mâchoires dacier fouillent
le ventre de la falaise, tournent sur elles-mêmes, et viennent dégorger dans leau
leur trop-plein de pierrailles. (II, 827) (5).
Charles Edouard Jeanneret dit Le Corbusier est un des maîtres de larchitecture
moderne. Dans les années 1940, il cherche une solution architecturale. Il
propose comme base de travail le Modulor, système basé sur la section dor
quil établit dans les années quarante. Il le mettra en uvre
dans la période daprès guerre, à un moment où la reconstruction est
une priorité évidente. Le Corbusier utilisera le Modulor dans la construction dunités
dhabitation dont La Cité Radieuse de Marseille (11). Camus ne peut rester
insensible à une démarche qui met la mesure humaine au centre de lédification
de nouveaux bâtiments comme le faisaient les constructeurs des cathédrales. Il
écrit un texte en hommage à ce célèbre architecte pour soutenir sa démarche,
notamment lors de la réalisation de La Cité Radieuse dont les travaux commencés
en 1947 sachèvent en 1952 : La cité est bâtie en ciment brut qui, au
contraire du béton, retient la lumière. Le constructeur moderne retrouve ainsi
en allant de lavant, lantique pierre des bâtisseurs. [Le bâtiment
de La Cité Radieuse] Tel un prototype, image que Le Corbusier propose à lavenir,
et quil a bâti à la taille de lhomme, grâce à une mesure quil
invente et quil appelle modulor. (12).
La ville est le résultat dun
regroupement humain. Sa construction est due à la volonté des âmes qui lhabitent.
Evoquer la cité sans parler des hommes donnerait une image rétrécie ou inanimée
car : Une manière commode de faire la connaissance dune ville est de
chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. (OC
II, 35) (5). Lactivité humaine en effet est une condition intrinsèque
à la vie de la cité. Camus, là encore, observe, décrit les hommes au travail
comme dans les loisirs. A linverse, pour dire la richesse des émotions et
des sentiments que la ville peut réveiller en lhomme, il utilise la métaphore.
La ville se fait alors île, labyrinthe, nécropole, bûcher, énigme, mémoire,
arène ou corps : Cadix enfin comme une arène noire et rouge où vont saccomplir
les meurtres rituels. (OC II, 321) (2).
[Tipasa] est aujourdhui mon personnage et il me semble quà le
caresser et le décrire, mon ivresse naura plus de fin. (OC I, 109) (1)
Lagitation, la rumeur dune ville comme celle dAlger
néchappe pas à Charles Brouty qui fixe en croquis extraordinairement
vivants la vie quotidienne du peuple de Bab el Oued et de la Marine (13).
Dans Le Premier Homme, cest avec les mots que Camus peint la vie
quotidienne dAlger et il la fait vibrer comme Brouty fait vibrer ses
dessins : [
] et ils filaient le long des entrepôts du boulevard Thiers,
encaissaient en pleine figure lodeur doranges qui sortaient de
lusine [
] et débouchaient enfin sur la rue Aumerat grouillante dune
foule enfantine qui, au milieu des conversations des uns et des autres,
attendait louverture des portes. (136) (6).
Tout au long des arcades, les boutiques des commerçants se succédaient,
marchands de tissus en gros dont les façades étaient peintes de tons sombres et
dont les piles de tissu clair reluisaient doucement dans lombre,
épiceries qui sentaient la girofle et le café, petites échoppes où des marchands
arabes vendaient des pâtisseries ruisselantes dhuile et de miel, cafés
obscurs et profonds où les percolateurs fusaient à cette heure-là [
]
(197) (6).
Les héros de ces descriptions, ce sont les gens simples qui font lâme
de la cité : les travailleurs et les oisifs, les femmes et les enfants, les
jeunes et les vieillards. Camus remarque cependant que chaque corps de métier sexerce
dans un périmètre bien déterminé dont il nest pas si simple de saffranchir.
: A chaque arrêt, le tram se vidait dune partie de son chargement douvriers
arabes et français, se chargeait dune clientèle mieux habillée à mesure quon
allait vers le centre. (196) (6). Pour aller au lycée, le jeune Camus
quitte son quartier et traverse toute la baie dAlger. Bien
souvent, il ressent ce parcours comme un exil. Pour en parler, il emploie
les termes de séparation, dailleurs, de transplantation. Si bien que,
leur journée finie, les deux enfants sentaient leur séparation à la porte même
du lycée, ou, à peine plus loin, sur la place du Gouvernement, lorsque,
quittant le groupe joyeux de leurs camarades, ils se dirigeaient vers les
voitures rouges à destination des quartiers les plus pauvres. Et cétait
bien leur séparation quils sentaient, non leur infériorité. Ils étaient dailleurs,
voilà tout. (204) (6).
Camus attire notre attention sur un fait : lappartenance à
un quartier, à un milieu, nest pas sans conséquences pour lhomme.
Cela peut induire un comportement mais aussi une transformation physique : Là,
il se séparait pour la première fois de Pierre qui ne jouait pas, bien quil
fût naturellement adroit : il devenait plus fragile, grandissant plus vite que
Jacques, devenant plus blond aussi, comme si la transplantation lui réussissait
moins. (243) (6).
Pourtant, le métissage, résultat de cette transplantation permanente des
hommes qui, de tous les temps, se sont autorisés à quitter le lieu de leur
origine, donne aux villes leur richesse, cette allure universelle, et ce
mouvement permanent qui participe de la vie. Camus ne manque pas de le
remarquer à Alger où il habite : Et dabord la jeunesse y est belle.
Les Arabes, naturellement, et puis les autres. Les Français dAlgérie
sont une race bâtarde, faite de mélanges imprévus. Espagnols, et Alsaciens,
Italiens, Maltais, Juifs, Grecs enfin sy sont rencontrés. Ces croisements
brutaux ont donné, comme en Amérique, dheureux résultats. (II, 848) (5).
Comme il le note dans ses Carnets en été 49 lors de son voyage en Amérique
du Sud : Le long des maisons, une foule bigarrée de gauchos, de Japonais, dIndiens
métis et de notables élégants, dont les complets sombres paraissaient ici
exotiques, circulaient à petits pas, avec des gestes lents. (152) (7).
Comme on la vu, Camus est attentif aux hommes qui font la cité. Il
note leurs origines, leurs déplacements, leurs lieux dhabitation. Dans ce
contexte, on comprendra quil sattarde à peindre certains métiers
quil a mieux connus ou qui lont marqué ainsi que les loisirs
partagés. Sans cela, le tableau ne serait pas complet.
Issu dun milieu très simple, Camus observe les ouvriers et les
travailleurs quil côtoie dans son quartier ou au port. Dans le milieu où
il vit, on prend contact très tôt avec le monde du travail. Tous les
jeudis, en effet, le jeune Camus aide son oncle Etienne qui est ouvrier
tonnelier : Il ne refusait pas le travail, bien que rien ne remplaçât pour lui
la mer et les jeux de Kouba. Mais le vrai travail pour lui était celui de la
tonnellerie par exemple, un long effort musculaire, une suite de gestes adroits
et précis, des mains dures et légères, et on voyait apparaître le résultat de
ses efforts : un baril neuf, bien fini, sans une fissure, et que louvrier
alors pouvait contempler. (246) (6). Ainsi, il sattarde à peindre
les ouvriers, les dockers, les cireurs de chaussures, les conducteurs de tram.
Bref, de nombreux travailleurs quil croise quotidiennement : Il pensait à
ces soirs sur Alger où monte dans le ciel vert le bruit des hommes sortant des
fabriques à lappel des sirènes. (OC I, 1192) (2).
Pendus le long dune même corde contre le flanc de la falaise, des
dizaines dhommes, le ventre appuyé aux poignées des défonceuses
automatiques, tressaillent dans le vide à longueur de journées. (II, 827) (5).
Sur les vastes quais, le soleil faisait le vide, sauf autour des bateaux qui
venaient daccoster, le flanc contre le quai, et autour desquels sagitaient
les dockers, vêtus dun pantalon bleu retroussé au mollet, le torse nu et
bronzé, et sur la tête un sac qui recouvrait les épaules jusquaux reins et
sur lequel ils chargeaient les sacs de ciment, de charbon ou les colis à larête
tranchante. Ils allaient et venaient sur la passerelle qui descendait du pont
sur le quai ou bien entraient directement dans le ventre du cargo par la porte
grande ouverte de la cale. (249) (6).
Les rues dOran nous renseignent enfin sur les deux plaisirs essentiels
de la jeunesse locale : se faire cirer les souliers et promener ces mêmes
souliers sur le boulevard. [
] Juché sur de hauts fauteuils, on
pourra goûter alors cette satisfaction particulière que donne, même à un profane,
le spectacle dhommes amoureux de leur métier comme le sont visiblement
les cireurs oranais. (II, 816) (5).
Les conducteurs , qui seuls avaient le droit de manier ce levier, à qui un
écriteau placé au-dessus deux interdisait de parler, jouissaient auprès
des deux enfants du prestige des demi-dieux. Ils portaient un uniforme presque
militaire et une casquette à visière de cuir bouilli, sauf les conducteurs
arabes qui portaient une chechia. (194) (6).
Aux Etats-Unis, Camus en
traversant New York constate avec étonnement que les travailleurs manuels
portent des gants : Ce sont des détails qui me frappent : que les ramasseurs dordures
portent des gants, [
] (29) (7). Ce détail devait être significatif
car il est jugé suffisamment intéressant pour faire lobjet dune
photo pleine page dans un livre des années 30 intitulé New York aux sept
couleurs. La légende de la photo précise « Ouvrier américain travaillant
avec ses gants. » (Pl. IX) (14). Afin de protéger lhomme, la
modernité introduit dans les métiers manuels lusage des gants
exclusivement réservé jusqualors aux aristocrates et aux riches.
Elle crée ainsi une césure entre la main et lobjet, qui préfigure une
nouvelle époque dans laquelle les liens millénaires tissés entre lhomme, loutil
et la matière se brisent.
L'évocation des hommes à travers le labeur permet de mesurer la manière dont
ils vivent. Elle est cependant incomplète et inexacte si elle se contente de décrire
le travail sans aborder les loisirs. Et Camus ny manque pas, car comme lécrit
René-Jean Clot « nous jouions ferme dans lAlger heureux des années de
1935-1936 » (30) (15) : Devant une petite baraque au parfum de vernis et danisette,
des hommes buvaient et des acrobates arabes en maillot rouge sur les dalles
brûlantes tournaient et retournaient leurs corps devant la mer où bondissait la
lumière. Sans les regarder, les dockers portant les sacs sengageaient
sur les deux planches élastiques qui montaient du quai sur le pont des cargos.
(OC I, 1108) (2).
Dans cet extrait de La Mort
heureuse, les hommes se côtoient, se croisent, mais ne se voient pas. On passe en
un coup dil des corps au repos des hommes qui se désaltèrent aux
corps disciplinés jusquà en souffrir des acrobates pour sarrêter
sur les corps fourbus des dockers. Et puis nous voilà projeté dans le monde des
loisirs. Camus évoque les plaisirs sportifs, le cinéma, les dancings, les
banquets : Avec les mordus du football, il se précipitait dans la cour cimentée,
encadrée sur les côtés darcades à gros piliers (sous lesquelles les forts
en thèmes et les sages se promenaient en bavardant),
courant éperdument
la balle au pied, pour éviter lun après lautre un arbre et un
adversaire, il se sentait le roi de la cour et de la vie. (205) (6).
Jai pris le tram pour aller à létablissement de bain du port. Là,
jai plongé dans la passe. [
]
Nous sommes restés longtemps sur la bouée, à moitié endormis. Quand le
soleil est devenu trop fort, elle a plongé et je lai suivie. Je lai
rattrapée, jai passé ma main autour de sa taille et nous avons nagé
ensemble. (OC I, 151) (1).
A la plage Padovani, le dancing est ouvert tous les jours. Et dans cette
immense boîte rectangulaire ouverte sur la mer dans toute sa longueur, la
jeunesse pauvre du quartier danse jusquau soir. (OC I, 120) (1).
Une société de boulomanes et les banquets des «amicales», le cinéma à trois
francs et les fêtes communales suffisent depuis des années à la récréation des
plus de trente ans. (OC I, 122) (1).
Faire le portrait dun homme nest pas chose facile, et il est
tout aussi difficile de décrire une cité, corps mouvant, insaisissable ; « à lorigine,
cest un noyau social infime, puis elle connaît les étapes complexes de la
maturité, enfin elle vieillit, elle seffrite. Ses origines sont obscures.
» (9) (10) explique Lewis Mumford. Quant à Camus, voici ce quil dit de Djémila
: Des hommes et des sociétés se sont succédé là ; des conquérants ont marqué ce
pays avec leur civilisation de sous-officiers. Ils se faisaient une idée basse
et ridicule de la grandeur et mesuraient celle de leur Empire à la surface quil
couvrait. Le miracle, cest que les ruines de leur civilisation soient la
négation même de leur idéal. (OC II, 115) (5).
Si lon met en parallèle New York et Djémila ou Mycènes, ce sont,
à première vue, des villes que tout oppose. La première, en effet, est une cité
récente qui vit et se développe dans le présent. Les deux autres sinscrivent
dans plusieurs strates dhistoire et leur présent nest dû quà
leur passé.
Dans les textes de Camus, New York et Djémila ébranlent tout autant lhomme.
Elles dégagent toutes deux une présence et une puissance qui simposent
avec force : Cest ainsi pour finir que je porte New-York en moi, comme on
véhicule dans lil un corps étranger, insupportable et délicieux, avec
des pleurs dattendrissement et des rages à tout nier.
Peut-être est-ce là ce que lon appelle la passion. (OC II, 692) (2).
Et, je ne sais pourquoi, devant ce paysage raviné, devant ce cri de pierre
lugubre et solennel, Djémila, inhumaine dans la chute du soleil, devant cette
mort de lespoir et des couleurs [
] (OC I, 114) (1).
Ce grand cri de pierres que Djémila jette entre les montagnes, le ciel et le
silence, jen sais bien la poésie : lucidité, indifférence, les vrais
visages du désespoir ou de la beauté. (OC I, 115) (1). Cette similitude
autorise-t-elle à envisager New York comme une projection du passé glorieux de
cités telles que Djémila ou Mycènes et inversement Djémila ou Mycènes comme le
futur inévitable de mégapoles telles que New York ? Cette réflexion nous
conduit à méditer linterrogation de Lewis Mumford ? « Entre lUtopie
et la Nécropole, nous reste-t-il encore un choix [
] ? » (9) (10). :
[NewYork] Dans la brume grise, les gratte-ciel devenus blanchâtres se dressent
comme les gigantesques sépulcres dune ville de morts, et semblent
vaciller un peu sur leurs bases. (OC II, 690) (2.)
[Djémila] Lorsque surgit enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé
entre de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt dossements,
Djémila figure alors le symbole de cette leçon damour et de patience qui
peut seule nous conduire au cur battant du monde. (OC I, 111) (1).
[Mycènes] Du haut de la forteresse la plaine jusquà Argos et la mer.
Le royaume d'Agamemnon n'a pas plus de dix kilomètres et cependant les
proportions en sont telles que jamais plus vaste royaume ne sest étendu
sous le soleil. Mycènes ruinée entre ses deux hauts rochers, ceinturée dénormes
blocs, sous une lumière qui devient ici terrible, est aujourdhui la reine
farouche de cette terre inoubliable. (C3, 163) (4).
Grâce à ce quelle conserve,
accumule, mêle, croise et entrecroise, la ville est mémoire « par ses édifices
et ses institutions, par lart et la littérature qui sont mieux encore à lépreuve
du temps, la cité unit en une trame continue le passé, le présent et lavenir.
» (131) (10). Sa mémoire la nourrit. Cest bien ce que fait remarquer
Camus quand il écrit : Paris est souvent un désert pour le cur, mais à
certaines heures, du haut du Père-Lachaise, souffle un vent de révolution qui
remplit soudain ce désert de drapeaux et de grandeurs vaincues.
Les villes que lEurope nous offre sont trop pleines des rumeurs du
passé. Une oreille exercée peut y percevoir des bruits dailes, une
palpitation dâmes. On y sent le vertige des siècles, des révolutions, de
la gloire. On sy souvient que lOccident sest forgé dans les
clameurs. Cela ne fait pas assez de silence. (II, 813) (5).
Une terrible rumeur montait alors des pierres et des toits. Dans le ciel
tranquille de Paris, elle rejoignait enfin linterminable vocifération de
lHistoire. (16).
Dautre part, avec ses artères et sa circulation, son centre et sa périphérie,
ses angles et ses courbes, ses esplanades et ses recoins, la ville et son
évolution peuvent se percevoir comme un corps humain. Et comme tout être
humain, la ville respire, bouge, grandit, aime. On retrouve souvent ce
rapprochement dans les textes de Camus : La lumière de Rome est ronde au
contraire, luisante et souple. Elle fait penser à des corps, à lopulence
des chairs heureuses, à la vie réussie. (C3, 140) (4).
[Alger] [
] la baie aux bras tendus [
] (OC I, 1154) (1).
[Oran] Et la ville respira. (OC II, 45) (2).
[Turin et Nietzsche] Je le rencontre mieux dans la ville dont je comprends,
malgré le ciel bas, quil lait aimée et pourquoi il la aimée.
(C3, 132) (4).
Récemment, à loccasion dune exposition intitulée Lhomme paysage, présentée à Lille, la revue Sciences Humaines a montré une réalisation du début des années 1970 par larchitecte Ricardo Porro. Il s'agit de la maquette dun village de vacances en forme de corps humain. La même revue cite un extrait de texte de François Roustang qui semble faire écho à la pensée de Camus : « Vous êtes lune des terminaisons nerveuses de ce corps qui est une ville, vous êtes au creux de cet entrelacs dune multitude dimpulsions, et vous en percevez lénergie, la substance, vous vivez la croissance de ce corps qui est une ville comme un prolongement de votre corporalité » (14) (17).
Ouverture et enfermement, limage
même de la ville sinscrit dans cette perception chez Camus. Lenceinte,
lîle, la muraille, la cage, la cloche, la ceinture, la prison, le
labyrinthe sont autant de mots quil utilise pour en parler : [Oran] Cette
ville déserte, blanchie de poussière, saturée dodeurs marines, toutes
sonores des cris du vent, gémissait alors comme une île malheureuse. (OC
II, 150) (2).
La pluie verticale et lourde dAlger. Incessante. Dans une cage.
(C3, 219) (4).
Le soir dîner avec L. M. Du haut du Plaza, jadmire lîle couverte
de ses monstres de pierre (36) (7).
[
] et New-York redevient la grande ville, prison le jour, bûcher la
nuit (OC II, 691) (2).
Gardhaïa et les villes saintes dans leur ceinture de collines vertes ocrées,
elles-mêmes bardées de murailles rouges. (C3, 69-70) (4).
Lhomme doit découvrir, conquérir le cheminement qui le conduira vers lissue du labyrinthe que représente la ville : A New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de pierre et dacier où errent des millions dhommes, je courais de lun à lautre, sans en voir la fin, épuisé, jusquà ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. (II, 879) (5).
Le labyrinthe annonce quelque
chose de sacré qui ne satteint quau terme dune initiation.
Camus, dailleurs, emploie le terme dinitié dans le Minotaure. Le
centre, laxe à trouver est mouvement de lun vers le multiple, de lintérieur
vers lextérieur, de soi vers le monde et inversement. Dans cette
perspective Camus fait une proposition : utiliser le Mythe comme référence,
comme appui, comme aide à la réflexion : [Oran] Voilà, peut-être, le fil dAriane
de cette ville somnambule et frénétique. On y apprend les vertus, toutes
provisoires, dun certain ennui. Pour être épargné, il faut dire « oui » au
Minotaure. Cest une vieille et féconde sagesse. (II, 831) (5).
En octobre 1941, Camus commence lécriture du Minotaure dans lequel il
fait ouvertement référence au mythe, contrairement à dautres de ses
textes comme LEtranger où « Ces mythes peuvent ne pas apparaître
tout de suite dans une forme déterminée ; ils peuvent se montrer diffus,
projetant sur luvre entière une clarté sourde, [
] » (86)
(18). : Mais vous ne pouvez croire lisolement que lon trouve
à Oran. Cest un labyrinthe fauve et brûlant. Au détour de chaque rue les
Oranais trouvent leur Minotaure : cest lennui. (59) (3).
Oran est un grand mur circulaire et jaune, recouvert dun ciel dur. Au
début, on erre dans le labyrinthe, on cherche la mer comme le signe dAriane.
(II, 818) (5).
Limage du labyrinthe si elle jalonne le récit du Minotaure ne connote
pas la seule ville dOran. Camus, en effet, reprend cette image à
plusieurs reprises et notamment pour les villes dAlger et New York :
[Alger] A travers les semaines et les mois, le soleil, de plus en plus fixe, de
plus en plus chaud, avait séché, puis desséché, puis torréfié les murs, broyé
les enduits, les pierres et les tuiles en une fine poussière qui, au hasard des
vents, avait recouvert les rues, les devantures des magasins et les feuilles de
tous les arbres. Le quartier entier devenait alors, en juillet, comme une
sorte de labyrinthe gris et jaune, [
] (237) (10).
[New York] Impression dêtre pris au piège de cette ville et que je
pourrais me délivrer des blocs qui mentourent et courir pendant des
heures sans rien retrouver que de nouvelles prisons de ciment, sans lespoir
dune colline, dun arbre vrai ou dun visage bouleversé. (49)
(7).
Venise et Amsterdam corroborent elles aussi lidée de la ville fermée,
secrète, repliée sur elle-même, villes qui induisent une difficulté
respiratoire et lon sait combien cela est significatif pour un homme
atteint de tuberculose. Camus pour en parler utilise des termes forts
tels que piège, sans issue, cercles de lenfer : Venise était
toujours cernée, pendant que, nous cherchions seulement à respirer une fois de
plus, [
]
La chaleur lourde et morte comme une énorme éponge écrasait la lagune,
coupait la retraite du côté du Pont de la Liberté et, installée au-dessus de la
ville, pesait sur elle, obstruant les issues des rues et des canaux,
remplissant tout lespace libre entre les maisons rapprochées. Nulle porte
de sortie, nulle échappée, un piège de chaleur où il fallait vivre et tourner
en rond. (C3, 269) (4).
La Hollande est un songe, monsieur, un songe dor et de fumée, plus
fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de
Lohengrin comme ceux-ci, filant rêveusement sur les noires bicyclettes à hauts
guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve dans tout le pays, autour des
mers, le long des canaux. Ils rêvent, la tête dans leurs nuées cuivrées, ils
roulent en rond, ils prient, somnambules, dans lencens doré de la brume,
ils ne sont plus là. (I, 1482) (5).
Dans son commentaire sur La Chute,
Denis Merle remarque : « Dans Amsterdam aux canaux concentriques sans issue,
puisque circulaires, Clamence mène son interlocuteur, en suivant un itinéraire
symbolique de la même manière que le poète latin Virgile dans La Divine
Comédie guide Dante à travers lenfer » (7) (19). En effet il
semble plausible de souscrire à cette hypothèse en écoutant Clamence dire :
Avez-vous remarqué que les canaux concentriques dAmsterdam ressemblent
aux cercles de lenfer ? Lenfer bourgeois naturellement peuplé de
mauvais rêves. (I, 1483) (5).
Maurice Weyembergh note à ce propos que « lobsession du clos a
sensibilisé Camus aux camps et au totalitarisme des sociétés qui les
produisent et quil les a perçus comme la réalisation la plus achevée de lenfermement
» (190) (20). Camus « na pas reculé devant la comparaison entre les
sociétés et les camps nazis et soviétiques » (192) (20) et sil rapproche
les camps de concentration conçus par lhomme dune catastrophe
naturelle comme celle qua connue Pompéi au premier siècle de notre
ère, nest-ce pas parce que dans les deux cas les victimes sont des
innocents ? : Au retour de ce Buchenwald précieux quest Pompei, goût de
cendre et de fatigue aussi grandissante. (C3, 146) (5).
Au fil des textes de Camus, nous avons porté notre regard sur divers aspects
de larchitecture, regard panoramique ou description précise d'un
bâtiment, construction harmonieuse ou prétentieuse ; conglomérat dinfluences
et de styles prenant appui sur le passé ou se projetant dans le futur. Nous
avons regardé lhomme se mouvoir dans ces cités, dans le labeur comme dans
les loisirs. Enfin nous avons choisi quelques métaphores récurrentes dans luvre
pour évoquer la ville. Métaphores qui donnent à réfléchir sur lévolution
de la forme que lhomme donne à la cité sachant que celle-ci le modèlera à
son tour. Alors, quand Lewis Mumford écrit : « Parvenus à la période moderne,
nous constaterons que la société urbaine est placée devant un choix crucial. [
]
Il appartient [aux hommes] en fait de diriger leurs efforts vers laccomplissement
de la plus profonde valeur humaine ; ou sinon, de subir lautomatisme des
forces quils ont eux-mêmes déclenchées [
] entraînant la disparition
progressive des sentiments, des émotions, de laudace créatrice et, en fin
de compte, de la conscience.» (10) (10). Ces réflexions font écho à la
pensée de Camus quand il écrit : Prisonnier de son royaume, la ville stérile
sculptée dans une montagne de sel, séparée de la nature, privée des
floraisons fugitives et rares du désert, soustraite à ces hasards ou ces
tendresses, [
] la ville de lordre enfin, angles droits, chambres
carrées, hommes roides, je men fis librement le citoyen haineux et
torturé, je reniai la longue histoire quon ma enseignée. (II, 1589)
(5)
Mais linnocence a besoin du sable et des pierres. Et lhomme a désappris
dy vivre. Il faut le croire du moins, puisquil sest retranché
dans cette ville singulière où dort lennui. Cependant cest cette
confrontation qui fait le prix dOran. (II, 829) (5)
Ainsi, les parcours ébauchés avec Camus dans les villes où il a vécu,
voyagé, séjourné, permettent de définir une "géographie camusienne". Limpact
physique que produit cette géographie ouvre à lhomme un champ
philosophique. La cité est énigme, elle cache un fil dAriane qui invite à
sinterroger sur un positionnement personnel entre exil et osmose, passé
et futur, mémoire et amnésie pour sinscrire dans le présent et il faut y
apprendre peu à peu à se redresser et à voir. (C3, 137) (5) pour trouver
la juste mesure, cette admirable volonté de ne rien séparer ni exclure qui a
toujours réconcilié et réconciliera encore le cur douloureux des hommes
et les printemps du monde. (II, 844) (5). Sinon, nous naurons
dautres choix que de rallier la mer avec les insurgés : O vague, ô
mer, patrie des insurgés, voici ton peuple qui ne cédera jamais. La grande lame
de fond, nourrie dans lamertume des eaux, emportera vos cités
horribles. (OC II, 366) (2).
Marcelle Mahasela (21)
Notes :
1.
Albert Camus. uvres complètes I, 1931-1944 . Edition publiée sous la
direction de Jacqueline Levi-Valensi Paris : Gallimard, 2006. (Bibliothèque de
la Pléiade)
2. Albert Camus. uvres complètes II,
1944-1948. Edition publiée sous la direction de Jacqueline Levi-Valensi Paris :
Gallimard, 2006. (Bibliothèque de la Pléiade)
3. Albert Camus - Jean Grenier.
Correspondance, 1932-1960. Paris : Gallimard, 1981
4. Albert Camus. Carnets III, mars
1951-décembre 1959. Paris : Gallimard, 1989.
5. Albert Camus. Essais II. Introduction par
Roger Quilliot. Edition établie et annotée par Roger Quilliot Paris :
Gallimard, 2000. (Bibliothèque de la Pléiade)
6. Albert Camus. Le Premier Homme. Paris :
Gallimard, 1994. (Cahiers Albert Camus, 7)
7. Albert Camus. Journaux de voyage.
Présentation et notes de Roger Quilliot Paris : Gallimard, 1978 ge (il doit
manquer quelque chose dans cette note...)
8. Olivier Todd. Albert Camus, une vie.
Gallimard, 1996.
9. Albert Camus. Théâtre, récits, nouvelles
I. Edition établie et annotée par Roger Quilliot et Louis Faucon Paris :
Gallimard, 2002. (Bibliothèque de la Pléiade).
10. Lewis Mumford. La Cité à travers lhistoire.
Seuil, 1964.
11. Iannis Xenakis. Musique de larchitecture.
Textes, réalisations et projets architecturaux choisis, présentés et commentés
par Sharon Kanach. Editions Parenthèses, 2006.
12. Albert Camus. Cité radieuse.
Hommage à Le Corbusier. S.d. Fonds Camus.
13. Charles Brouty, 1897-1984, sinstalle
à Alger en 1922. Ses dessins ont illustré des journaux comme LEcho
dAlger et les textes de nombreux auteurs dont Robert Randau, Lucienne
Favre etc. Il reçoit le grand prix artistique de lAlgérie en 1954
14. Yvon Lapaquellerie. New-York aux
sept couleurs. Paris : Librairie Valois, 1930. (Capitale du monde nouveau)
15. Simoun 31. « Camus lalgérien
». [1960] René-Jean Clot. « Camus ».
16. Albert Camus. Les silences de
Paris. S.d. Fonds Albert Camus
17. Sciences humaines (revue), décembre
2006. Exposition octobre 2006-janvier 2007. L'homme paysage. Palais des
Beaux-Arts, Lille, 2006. Cette exposition présente les relations entre le corps
humain, le paysage et son environnement. Référence à un texte de François
Roustang. [Le corps habité]. 2005
18. Hommage à Albert Camus. Franz
Hellens. « Le mythe chez Albert Camus ». Paris : Gallimard, 1967
19. Denis Merle. La Chute d'Albert
Camus, 40 questions, 40 réponses, 4 études. Ellipses, 1997. (40/4)
20. Maurice Weyembergh. Albert Camus ou
la mémoire des origines. Paris : Université de Boeck, 1998. (Le point
philosophique)
21. Marcelle Mahasela est responsable
du fonds Albert Camus où a été présentée lexposition « Les villes dAlbert
Camus : architectures, activités, métaphores » Cité du livre à Aix-en-Provence.
Janvier-mai 2007
Actualité camusienne
Nous remercions Marcelle Mahasela pour son amicale collaboration.
Dossier de presse
- Le Point 12 janvier 2006 : le
Camus de Rondeau
- Bulletin des amis dOrange : mai-août 2006 : Château et village de
Lourmarin par Christian Devalque.
- Transfuge, septembre-octobre 2006 : Yehoshua Kenaz. La plume entre deux
terres par Myriam Anissimov.
- Livres-Hebdo, 29 septembre 2006: à propos du livre Ce que peut la
littérature par Alain Finkielkraut.
- Times literary supplement, septembre 2006 : Absurdity in aspic by Robin
Buss.
- Le Monde, 8-9 octobre 2006: Des manuscrits de Camus chez Sothebys.
- Le Monde des livres, 13 octobre 2006 : Une histoire de lectures et de
sentiments, par Mona Ozouf.
- La Provence, 14 octobre 2006 : Toute lhistoire de Mondovi, village
natal dAlbert Camus.
- Géo, octobre 2006 : Algérie
- Lire, octobre 2006 : A propos du livre Ce que peut la littérature, par
Alain Finkielkraut
- Livres-Hebdo, octobre 2006 : publicité pour la collection Destins chez
Mengès où a été publié le livre de Daniel Rondeau sur Albert Camus.
- Figaro Littéraire, 2 novembre 2006 : à propos de Albert Camus ou la
fatalité des natures de Frédéric Musso.
- Nouvelles Clés, automnes 2006 : Une spiritualité sans Dieu ? Rencontre
avec André Comte-Sponville.
- Le Monde des livres, 15 décembre 2006 : un essai lumineux de Jean Daniel :
Que dirait Camus ? par Franck Nouchi.
- Matricule des anges, octobre 2006 : annonce pour le 1à octobre 2006, coup
denvoi pour Une saison de Nobel au théâtre Mouffetard à Paris. Camus, le
22 mai.
- Le Nouvel Observateur, 11-17 janvier 2007 : publicité pour le livre de
Jean Daniel.
- La Croix, 3 janvier 2007 ; le livre du jour : Avec Camus. Comment résister
à lair du temps
- La Croix, 25 janvier 2007 ; Marque-page, Camus et lhomme sans Dieu
dArnaud Corbic.
- Transfuge, janvier-février 2007 ; Débat : A quoi sert la littérature ?
Réponse à Alain Finkielkraut
- Livres-Hebdo, février 2007 n°678 : Sur les traces de René Char
- Aix en dialogue, février 2007 : Vers la nouvelle cité du livre.
- Le Figaro littéraire, 22 février 2007 : En voiture avec le fantôme de
Camus. Bernard Morlino rapporte que la Traction Avant de lécrivain a été
mise aux enchères 47 ans après sa mort.
- Elle, 26 février 2007 : La bibliothèque idéale de Raphaël Enthoven
- TGV magazine Mars : Les leçons de Camus.
- Le Matricule des anges, n°80 mars 2007 : Revues, en bref.
- Le Figaro, 1 mars 2007 : En chemin avec René Char.
- La Provence, 4 mars 2007 : A la rencontre dAlbert Camus.
- Le Monde des livres, 16 mars 2007 : Avec Camus. Comment résister à lair
du temps.
- La Pensée de Midi, 2à mars 2007 : Editorial : Avec Camus, par Thierry
Fabre et Entretien avec Jean Daniel.
Livres dans lesquels il est question de Camus :
- Alain Finkielkraut. Ce que
peut la littérature. Stock/Panama, 2006
- Karima Ouadia. Albert Camus adaptateur de théâtre. Le Manuscrit,
2006.
- Peter Dunwoodie. Une histoire ambivalente Camus/Dostoïevski. Nizet.
- Jean Daniel. Avec Camus. Comment résister à lair du temps.
Gallimard, 2006.
- Louis Gruel. Pierre Bourdieu illusionniste. Presses universitaires
de Rennes, 2006.
- Frédéric Musso. Albert Camus ou la fatalité des natures. Gallimard,
2006.
Vente du manuscrit du Mythe de Sisyphe chez Sothebys, octobre 2006.
Le manuscrit du Mythe de Sisyphe a
été vendu la première semaine doctobre chez Sothebys France, avec dautres
lots concernant Camus, qui appartenaient au collectionneur Fred Feinsilber.
Cette vente présentait aussi des éditions originales, splendidement reliées,
par exemple LEnvers et lendroit, Alger, Charlot 1937 in 8°
pour ne citer que cet ouvrage. Il est à signaler aussi le manuscrit autographe et
tapuscrit signé [1943] 16 pages in 4°, version complète et définitive du texte
sur Kafka écarté du Mythe de Sisyphe en 1942 chez Gallimard du fait de
la censure allemande mais qui paraîtra dans LArbalète, revue
résistante et clandestine puisque publié dans le numéro de 1943 (les armées
allemandes avaient envahi la zone sud en novembre 1942, en représailles du
débarquement anglo-américain en Afrique du Nord peu de temps avant. Les notices
dans le catalogue de cette vente sont rédigées par Marie-Louise Audin,
professeur émérite à luniversité de Montpellier III. Celui-ci édité en
deux volumes doit être toujours en vente au prix de 60 € au siège de Sothebys
: 76 rue du faubourg Saint Honoré, Paris 75OO8. Cette vente a été signalée par
un article signé Roxana Azimi, dans Le Monde du dimanche 8 lundi 9
octobre 2006, illustré dune très belle photo de Henri Cartier Bresson :
vendue là sous la forme dune carte postale, annotée par le photographe
(1947), celle-là même qui figure sur la couverture de la biographie dOlivier
Todd. Mme Azimi écrit en fin darticle : « la vente dévoile aussi certains
aspects méconnus de Camus. Estimé entre 4000 et 5000 €, la correspondance avec
le comédien Jean-Louis Barrault révèle la passion de lécrivain pour le
théâtre ». Révélation pour Roxana Azimi, mais certes pas pour les
personnes qui connaissent luvre et le parcours de Camus. Elle est
journaliste et critique dart, et de ce fait pas spécialiste de Camus ;
mais dans ce cas on pourrait linciter à la prudence dans de telles
affirmations.
Annie Cholley-Kerrec.
Manifestations camusiennes
Passées
- Le 4ème salon du livre de Chaumont Méditerranée, du 22 au 26 novembre 2006 était consacré à LArménie et à LExil et le royaume : lAlgérie dAlbert Camus
- A lInstitut français de
Madrid, du 11 au 14 décembre 2006, a eu lieu un colloque sur
"Les intellectuels européens et la guerre dEspagne"
- Avignon, du 14 au 18 janvier 2007 le Théâtre du Balcon a représenté Caligula de Camus, dans une mise en scène de Laurent Ziveri.
- Le 25 janvier 2007, Jean Daniel était « linvité du trimestre » à lI.M.A. pour parler de son livre Avec Camus, comment résister à lair du temps. Il était accompagné dHélène Cixous et du comédien Fabrice Luchini.
- Le 8 février 2007 à Toulouse, Brasserie Flo : « Le chant profond dAlbert Camus » de Jean-Louis Saint-Ygnan.
- « Les Pieds Noirs, histoires dune blessure », film réalisé par Gilles Pérez, en collaboration avec Karine Bonjour, a été projeté en avant première le 22 février 2007 au Pasino d Aix en Provence. Ce documentaire retrace lhistoire des Européens dAlgérie de 1830 à nos jours.
- Le 22 février à lEcole Supérieure dArt d Aix en Provence Benammar Médienne, écrivain sociologue, a animé une conférence débat consacrée à Albert Camus- Kateb Yacine : « Expressions symbolique et engagement politique ».
Colloque
international
La Méditerranée
de A[udisio] à R[oy]
Hommage à lEcole dAlger
Les 8, 9, 10 mars 2007
Université Paul valéry, Montpellier III
Dans le cadre de ce
colloque, au Théâtre Pierre-Tabard Lakanal a eu lieu une représentation
exceptionnelle de LEtranger dAlbert Camus, dans une
mise en scène dAvner Pérez. Le Théâtre du Passant a présenté la pièce dEmmanuel
Roblès Un château en Novembre, mise en scène par Denise Gaujoux. Lexposition
« Armand Guibert, le poète nomade » conçue par les étudiants de lAtelier
Guibert a été inaugurée le 8 mars 2007, après la signature de la convention de
donation du legs Armand Guibert.
COLLOQUE INTERNATIONAL ET
INTERDISCIPLINAIRE
ALBERT CAMUS : LITTÉRATURE, MORALE, PHILOSOPHIE
Les 29 et 30 mars 2007Ecole normale supérieure,
45 rue dUlm ,75005 Paris
Un compte-rendu paraîtra dans le bulletin doctobre.
Albert Camus contemporain, 10-11
mai 2007, Dunkerque, Amphithéâtre de visio-conférence
Cette « Nouvelle Rencontre du Littoral » est organisée par Dolorès Lyotard
(Université du Littoral-Côte dOpale) avec le soutien du HLLI Centre
de Recherche « Modalités du fictionnel » et de la « Revue des Sciences Humaines
». «Je ne suis pas moderne », jetait Camus en manière de défi. C'est que le
classicisme tragique de l'écrivain sa plainte austère, sa lumière nue et
distante donnait alors le vrai ton, pour beaucoup inentendu, de notre
modernité après Auschwitz. En alerte nouvelle, la révolte et la méditation de
Camus valaient de s'inscrire depuis le nihilisme dont, sous le nom d'absurde,
il fit le diagnostic et la généalogie sans concevoir de s'y soumettre, d'y
sacrifier la joie d'exister ou, à l'inverse, d'en accommoder le désastre sous
quelque promesse de rédemption historique ou messianique.
Albert Camus fut de ceux qui prirent la mesure d'un âge dominé par le régime
rationnel d'une terreur justifiant le mal au titre d'un sens de l'Histoire et
voulut que tel sujet impliquât non seulement la pensée et l'action des hommes
mais l'idée même du poème, de la littérature à venir.
Aujourd'hui, l'actualité et la pérennité de l'oeuvre de Camus constituent un
événement de turbulence qui fait symptôme pour notre époque, lequel nous oblige
non seulement à interroger à nouveaux frais le sens de notre temps contemporain
mais commande de requalifier cet « indéductible du monde », à quoi depuis
toujours se voue l'art le plus exigeant.
Jeudi 10 mai
9h45. Camus, labsurde et la
fin de lhistoire
Philippe Sabot, Maître de conférences Université de Lille 3
10h30. Camus et le lien de la division
Martin Mégevand, Maître de conférences Université de Paris VIII
11h30. La tentation du Tout est permis. Camus entre détour et
retour
Maurice Weyembergh, Professeur émérite Université libre de Bruxelles
14h30. Défense et illustration de La pensée de midi
Raymond Gay-Crosier, Professeur émérite Université de Floride
(Gainesville)
15h15. Le dernier Camus et la Méditerranée
David R. Ellison, Professeur Université de Miami
16h15. Ponge et Camus : un dialogue désaccordé
Gérard Farasse, Écrivain, Professeur Université du Littoral Côte dOpale
17h. Imaginaires tragiques : Camus lecteur de Sartre
Aliocha Wald Lasowski, Enseignant Université de Lille III
Vendredi 11 mai
9h30. Les strates de la mémoire dans « Le Premier Homme »
Pierre-Louis Rey, Professeur émérite Université de Paris III
10h15. Lectures de « Noces »
Nabile Farès, Écrivain et psychanalyste Paris
11h15. Albert Camus, la voix incendiée
Gérald Sfez, Essayiste, enseignant Khâgne classique, Lycée Masséna de Nice
14h30. Camus et linfanticide
Philippe Forest, Écrivain, Professeur Université de Nantes
15h15. Camus et la phénoménologie
Richard Zrehen, Essayiste, éditeur Paris
16h15 : Albert Camus, la prose du jour
Dolorès Lyotard, Maître de conférences Université du Littoral Côte dOpale
Présentes
Les Justes dAlbert Camus,
mise en scène : Guy-Pierre Couleau
à lAthénée Théâtre Louis-Jouvet du 26 avril au 26 mai 2007
Retrouvez toutes ces informations, les dossiers de presse complets des spectacles
sur le site www.athenee-theatre.com
Location : 01 53 05 19 19 www.athenee-theatre.com
(communiqué de presse - février 2007)
Exposition du Centre Albert Camus
à Aix en Provence : Les villes dAlbert Camus : architectures, activités,
métaphores.
Février-mai 2007 Mardi-vendredi 14-18 h.
L'espace van Gogh d'Arles consacre
une exposition à Lucien Clergue intitulée : CLERGUE né photographe ; dans la
salle 2 du rez-de-chaussée dans l'ensemble de photos dédiées au nu
et titrées : "Corps mémorables" se trouve une photo intitulée :
"Buste dans le soleil , ou Tombeau d'Albert Camus" (1998).
COMPTES
RENDUS
TRAVAUX UNIVERSITAIRES
Nous publions le compte-rendu du
mémoire de licence de Margherita Romengo, étudiante à lUniversité catholique
de Louvain-la-Neuve en Belgique (Département détudes romanes). Elle
envisage en 2007 un projet de thèse sur Camus.
De Camus à Goethe, de Goethe à
Camus :
Pragmatique intertextuelle et herméneutique littéraire
Relectures des Souffrances du jeune Werther de Goethe et de Létranger
de Camus
au départ de lessai camusien Le mythe de Sisyphe
Il
faut être Werther ou rien.
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe
De manière tout à fait inattendue, le protagoniste légendaire des Souffrances du jeune Werther (1774) de Johann Wolfgang Goethe (1749-1832) surgit au beau milieu du premier essai philosophique dAlbert Camus (1913-1960). Le héros romantique fait une irruption fulgurante dans Le mythe de Sisyphe (1942). Malgré la brièveté de lapparition wertherienne dans le texte camusien, elle néchappe pas à lattention du lecteur, pour qui, dès lors quil décide darrêter sa lecture sur cette figure ponctuelle, lobjectif primordial est de répondre à quelques questions, qui sont suscitées par lallusion au personnage goethéen : quel est lenjeu et quelle est la portée de la présence de Werther dans lEssai sur lAbsurde ? Quelles sont les répercussions de la référence à Werther sur la lecture du roman de Goethe auquel elle se rapporte ? Le lecteur et son « intuition » initiale constituent donc le point de départ de la mise en relation de lEssai sur lAbsurde de Camus et du personnage romanesque de Goethe, bien quils soient dépoques, de langues, de traditions et didéologies différentes. Toutes ces divergences sont dépassées grâce à une procédure intertextuelle qui permet de saffranchir des limites temporelles, linguistiques , géographiques, idéologiques et de faire émerger des points de convergence éventuels.
Dans le premier chapitre sopère
un retour sur lallusion au jeune protagoniste romantique au sein de
lessai de Camus. Grâce à la première application du processus
intertextuel, la référence à Werther se révèle être lépicentre dun
mouvement centrifuge dont lexpansion a convoqué trois personnages et a
englobé trois textes : le héros goethéen, Don Juan et Meursault ; Werther, Le
mythe de Sisyphe et Létranger. Dans la seconde partie de ce chapitre,
cette étape initiale du mécanisme intertextuel est expliquée précisément. Cette
déconstruction met en évidence toute la richesse de lintertextualité,
mais sans en oublier les limites : dune part elle dépasse le statut de
méthode analytique pour faire office de procédé herméneutique, dautre
part elle doit tenir compte prudemment des compétence et performance de la
réception.
Le deuxième chapitre est consacré à la relecture des Souffrances du jeune
Werther de Goethe. Il est montré comment la référence à Werther prend une place
significative dans Le mythe de Sisyphe et comment la place quelle y occupe
influe sur la lecture du roman de lauteur allemand. La démonstration est
faite que Werther nest pas un « homme absurde », au sens camusien du
terme, mais que néanmoins il expérimente lAbsurde, celui-ci étant entendu
comme une expérience relationnelle problématique entre lhomme et le
monde, dans ses dimensions naturelle, sociale, individuelle. Son expérience
absurde a été déclinée en cinq phases, au bout desquelles le héros échoue car
il désobéit aux exigences de lAbsurde.
Dans le troisième et dernier chapitre, lauteur relit Létranger
de Camus, sur la base de la relecture goethéenne. En effet, il est apparu
manifeste que le roman de Goethe met en scène un héros qui se sent « étranger »
vis-à-vis du monde, des autres, de lui-même. En cela, il présente la « trace du
futur » qui se retrouve dans le roman de Camus. Il est mis en évidence que les
deux romans exploitent les mêmes sphères existentielles : chaque fois leurs
héros y sont confrontés et chaque fois le rapport entre ces héros et leurs milieux
est un rapport de rupture et de séparation, qui manifeste leur extranéité.
Cette condition est saisie comme celle qui les empêche datteindre le
Bonheur tant espéré, bonheur qui se traduit sous des formes différentes : lamour
humain pour le suicidé et lamour naturel pour le condamné à mort. Le
constat final est qu« il y a un climat commun aux esprits » de
Werther et Meursault, et que « ce climat est meurtrier » ; tous deux
enfreignent les règles de lAbsurde, par les deux seuls actes conséquents
et irrévocables.
Au départ dun processus intertextuel et à la suite des relectures qui en résultent, ce mémoire se veut le lieu dune première rencontre entre les textes de Camus et de Goethe. Lauteur a voulu remplacer la notion de « conflit » par celle de « confrontation ». Si les points dopposition entre ces deux uvres confirment leur évidence, ils nen sont toujours pas moins réducteurs : au-delà de leurs inscriptions socio-historique, linguistique et idéologique, qui sont constitutives de leur singularité, lhypothèse peut être émise que ces oeuvres atypiques, qui échappent aux catégorisations abusives, trouvent un point de convergence dans une théorie de la littérature « commune ». En effet, selon larchilecteur, il peut être postulé que ces deux uvres du patrimoine littéraire universel sont deux exemples, singuliers, dune certaine philosophie de la littérature ou dune certaine anthropologie romanesque : la réflexion est celle de lhomme et de son être-au-monde. Cette réflexion découle du constat de leur séparation qui afflige le premier et qui indiffère le second, qui empêche lhomme de toucher ne fût-ce que du doigt le Bonheur tant convoité, qui le pousse à faire des choix décisifs dont il doit absolument assumer les conséquences. Ce sont les relectures elles-mêmes qui permettent de lancer une telle proposition. Au terme de cette étude, les textes, dans leur singularité, et la littérature, dans son universalité, se voient reconnaître une charge épistémique qui leur revient de droit : lart littéraire apparaît, au travers de textes littéraires qui en sont les lieux, comme une manière unique de poser un questionnement existentiel et éthique, comme le lieu privilégié dune restauration de la vie dans son Unité et dans sa Totalité.
Lintérêt de cette recherche réside, du moins en partie, dans le fait quelle na jamais été entreprise auparavant. Malgré les innombrables études qui traitent de Camus ou de Goethe, ainsi que de leurs uvres respectives, aucune na encore été sensible à la présence du jeune héros romantique dans le premier essai philosophique de Camus. Cette référence à Werther a été jusquà présent mésestimée ou ignorée sans doute compte tenu de son caractère ponctuel. Néanmoins, elle donne à lauteur de ce mémoire limpulsion nécessaire et suffisante pour mettre en place tout un processus intertextuel, qui lui permet la redécouverte de trois uvres littéraires dignes du plus grand intérêt. Le mécanisme intertextuel qui est lancé dans cette recherche occasionne un premier contact entre les uvres de Camus et de Goethe. Lun et lautre ne cessent dêtre comparés à une multitude décrivains et leurs uvres sont abondamment confrontées à dautres, pourtant, et aussi « absurde » que cela puisse paraître, il semble que ces deux auteurs naient jamais été rapprochés. Il peut être jugé hasardeux et risqué de mettre côte à côte la figure solitaire de lécrivain-philosophe français du XXe siècle, dont le talent a été mis en doute, injustement, par plusieurs , et lillustre autorité artistique et intellectuelle allemande du XVIIIe siècle, dont le génie est renommé encore aujourdhui ; mais dans cet hasard risqué réside toute la richesse prometteuse de lentreprise.
Margherita Romengo
COLLOQUES
La Méditerranée... de A(udisio) à
R(oy)
hommage à l'Ecole d'Alger
colloque de Montpellier
8,9 et 10 mars 2007
Il serait présomptueux de vouloir en quelques lignes résumer les communications et l'apport de ce colloque organisé par Guy Dugas et l'Université Paul Valéry de Montpellier, avec d'autres partenaires. Et il faut souhaiter que les publications auquel il doit donner lieu paraissent rapidement. Tout au plus, peut-on donc retraduire une ambiance et dégager des lignes de force.
Soulignons d'abord ce qui en constituait comme l'arrière fonds. Il était de deux types. D'abord une conjonction de dates qui incitait à célébrer et rapprocher des auteurs. Jean Amrouche était né en 1906, Armand Guibert aussi, Jules Roy en 1907. Mais il est impossible de parler de ces trois auteurs sans évoquer le milieu littéraire global, les amis comme Roblès ou les aînés comme Audisio. Une des originalités du colloque était donc de tisser ces liens et ces lieux. Et les noms d'Edmond Charlot, à qui ce colloque rendait aussi hommage à l'occasion de la nouvelle publication de ses souvenirs, et d'Albert Camus, dont Hélène Rufat a retracé les Méditerranées, ont été aussi à maintes reprises prononcés. Le second arrière-fonds était la signature officielle de la donation du legs Armand Guibert par son filleul, Pierre Benech, auprès de la Bibliothèque universitaire. Personnage souvent cité, mais en fait peu connu et peu étudié, il a joué un rôle important dans la vie intellectuelle de la Méditerranée avant la seconde guerre mondiale, faisant avec Jean Amrouche de Tunis un pôle culturel doté de publications marquantes : les premières traductions de Lorca, les chants berbères de Kabylie, Patrice de La Tour du Pin, Rabearivelo, Montherlant... L'hommage rendu par son village, Saint Sulpice dans le Tarn, sous la forme d'un diaporama apportait une touche d'intimité et de familiarité. Avec l'entrée de ce fonds la Bibliothèque Universitaire continue à marquer sa spécificité comme bibliothèque universitaire doté d'un fonds de recherche important qui fera la joie des chercheurs, à l'affût par exemple d'une collection de la Tunisie Française Littéraire pour ne prendre qu'un exemple...
Ces archives constituent aussi un terrain de recherche privilégié pour les étudiants avancés de l'Université. Baptisée « journée de l'atelier Guibert », la troisième et dernière journée du colloque se situait directement dans le sillage de cette exploitation possible d'un matériau abondant de recherches croisant des souvenirs de témoins universitaires de la vie d'Armand Guibert (Pierre Rivas, Judith Balso) avec le regard de jeunes chercheurs, très prometteurs, dont les noms de certains se trouvent déjà dans l'excellente brochure sur Armand Guibert, réalisée en parallèle de l'exposition organisée par la Bibliothèque Universitaire. Voyage insatiable, Armand Guibert est aussi poète et traducteur de poésie. L'interrogation de son oeuvre croise donc la création littéraire autant que des questions théoriques sur la difficulté de traduire des poètes (Emmanuel Garcia).
Cela a été aussi l'occasion de rappeler la richesse et la dispersion des fonds d'archives concernant les écrivains méditerranéens de cette période : Montpellier (Roblès, Guibert) sur lequel veille Florence Chaudereille, mais aussi Aix-en-Provence (Camus mais aussi Randau), Chambéry (François Bonjean), Limoges (Roblès), Toulouse (Jean Pommier) et Marseille, dont Michelle Coulet a donné un aperçu rappelant qu'outre le fonds des Cahiers du Sud et de Jean Ballard, étaient aussi déposés des fonds Audisio, Jules Roy, Louis Brauquier et Jean Sénac et d'autres... Et l'inventaire des villes et des fonds est sans doute incomplet !
On ne saurait passer sous silence les deux représentations théâtrales qui accompagnaient le soir le colloque. D'abord une magnifique adaptation de L'étranger d'après Albert Camus avec Pierre-Jean Peters dans une mise en scène d'Avner Pérez. La table-ronde tenue le lendemain autour du metteur en scène et de l'acteur principal qui joue lui-même les principaux personnages du roman a permis une lecture originale et renouvelée de l'oeuvre de Camus. Il y eut aussi, dans le même lieu qu'une exposition qui était consacrée à l'écrivain, la représentation de la pièce peu connue d'Emmanuel Roblès Un château en novembre par le Théâtre du Passant, une troupe d'amateurs qui s'est attelé à une pièce difficile et un peu longue se déroulant en Espagne. La veille, une table-ronde avait abordé l'adaptation cinématographique de l'oeuvre de Roblés, Cela s'appelle l'aurore.
Ce colloque était aussi marqué de la présence des enfants des écrivains à l'honneur : Jacqueline Macek-Roblès et Jean-Louis Roy qui vient de sortir un livre sur son père et qui a confié lors de ses interventions certains souvenirs de ce milieu littéraire.
La Méditerranée, c'est aussi et d'abord un mythe qui s'est construit dans le temps à travers les différentes écritures qui lui ont été consacrées (Paul Siblot). Ce sont aussi des lieux : Tunis (Morgan Corriou), Rabat, Alger. Ce sont des influences : l'Italie et la latinité (Alessio Loretti).
Ce sont des auteurs vus de la mer (Colette Guedj) même si elle diffère dans sa nature observatoire chez Roblès, objet de contemplation chez Audisio ou au contraire tournant le dos à la mer à la génération suivante, celle de Dib, Feraoun ou Mammeri (Denise Brahimi). Ce sont surtout des auteurs avec un éloge de la pluralité respectant la différence (Elisabeth Arendt) dont les oeuvres sont saluées par un critique littéraire du même bord de la Méditerranée, Claude de Fréminville (Guy Basset).
Ce sont des auteurs dont chacune des oeuvres mérite qu'elle soit lue et analysée : Amrouche (et Gide) (Pierre Masson), Roblès au travers son concept d'espace dans l'action de Roblès (Samira Sayeh) avec ses références marines (Bruno Tritsmans), sans oublier Henri Bosco en relations avec les autres et aussi avec Jean Grenier (Guy Riegert), Jean Pélégri (Anna Zoppellari) et Jean Sénac qu'a évoqué Guy Dugas en l'absence d'Hamid Nacer Khodja.
Et si la littérature était à l'honneur, elle ne pouvait se concevoir sans un rappel que la peinture et la sculpture étaient au rendez-vous du ciel méditerranéen algérois : il revenait à Jean-Pierre Benisti, fils de Louis Benisti d'en dégager la trace s'appuyant sur ses souvenirs et ses entretiens avec son père.
La diversité s'était ainsi invitée au colloque, diversité des intervenants et de leurs provenances françaises et étrangères (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Etats Unis, Tunisie), diversité de leurs approches et des générations, diversité des auteurs étudiés que réunissaient cependant la Méditerranée, à quelques encablures seulement de l'élément marin. L'assistance nombreuse et fort assidue lors du colloque a contribué à dégager une richesse dont il est légitime d'attendre d'autres réalisations individuelles ou collectives.
Guy BASSET
LIVRES
Marcel Reggui, Les massacres de
Guelma, Algérie, Mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices
coloniales, Paris, La découverte, 2006, préface de Jean-Pierre Peyroulou
suivie de « Un testament retrouvé par Pierre Amrouche », 192 p.
Jean-Louis Planche, Sétif 1945, histoire d'un massacre annoncé,
Paris, Perrin, 2006, 422 p.
Parus à quelques mois d'intervalle au premier trimestre 2006, ces deux ouvrages sont à lire en même temps. Le premier est le témoignage « à chaud » de Marcel Reggui, kabyle converti au catholicisme, ami de Jean Amrouche, qui a perdu dans les massacres de mai 1945 à Guelma deux frères et une sur. Retrouvé dans les archives de Jean Amrouche par son fils Pierre, ce document était resté inédit et paraît plus de soixante ans après sa rédaction. Aux lendemains des massacres, Marcel Reggui a mené personnellement une enquête pour connaître les circonstances exactes de la mort de ses frères et sur et tenter vainement de retrouver leurs corps. Mais son enquête n'est pas simplement familiale et personnelle : elle se double d'une analyse des causes du déclenchement et esquisse quatre pistes pour sortir l'Algérie de l'époque du bourbier dans lequel elle était en train de s'engager : mettre fin à la notion juridique de « disparu », mener une enquête impartiale, indemniser les victimes, ouvrir des écoles, accorder aux musulmans les mêmes droits qu'aux européens, combattre partout le racisme et ne le tolérer sous aucun prétexte.
Le livre de Jean-Louis Planche, de son côté, est une enquête historique, bénéficiant de l'ouverture des archives civiles, qui apportent des précisions. Il ne s'attache pas simplement aux événements eux-mêmes dans leur nudité et leur atrocité, et avec leurs caractéristiques propres à Guelma et à Sétif ; il tente plutôt d'en retracer les origines et de brosser le portrait des « acteurs » autant que des « victimes. » La responsabilité des autorités de l'Etat comme les intrications des milieux politiques divers y est clairement établie. Elle ne réside pas simplement dans la création de « milices locales » et l'impunité, voire la complicité, dont elles ont pu bénéficier ou dans la sous-estimation évidente du nombre de victimes (20000 à 30000 victimes musulmanes, selon l'estimation adoptée par Jean-Louis Planche et quelques dizaines de victimes européennes dans le département de Constantine), mais aussi dans la silence qui a suivi malgré les tentatives d'enquêtes officielles, les articles de presse et les interpellations politiques en Algérie et en France . N'échappant parfois pas à une certaine systématisation, le livre de Jean-Louis Planche souligne, à juste titre, la rupture qu'a constituée, pour l'avenir de l'Algérie, la période de la seconde guerre mondiale, avec ses redistributions politiques, ses clivages, ses engagements, son « américanisme ». Ces événements ont été officiellement occultés, notamment par la répression officielle contre les musulmans et par l'amnistie des auteurs européens. Une telle enquête était indispensable à mener pour faire apparaître comment ces massacres et ces discriminations ne pouvaient plus, par leurs conséquences, qu'être perçus comme des références fondatrices, grosses d'un avenir.
Marcel Reggui signale en note à la date du vendredi 11 mai (p. 99) : « Albert Camus a raison de déclarer que la France joue en ce moment sa dernière chance de sauver son avenir en Afrique du Nord . » La position de Camus, développée dans les articles de Combat entre le 13 mai et le 15 juin 1945, a donné lieu à une communication de Paul Siblot et de Jean-Louis Planche lors du colloque de Nanterre de juin 1985.
Guy BASSET
Disparitions
Virginia
Baciu
Après avoir appris, grâce au
Bulletin du mois doctobre 2006, la mort de ma collègue roumaine Virginia
Baciu de lUniversité de Cluj, née en 1945, je tiens à exprimer ma grande
affliction tout en ajoutant quelques remarques:
Notre amitié datait du colloque impressionnant Camus
aujourdhui tenu à Cluj en automne 1993; une grande correspondance
et des invitations mutuelles se sont ensuivies. Viginia ma parlé de ses
relations amicales à Roger Quilliot dont la mort la touchée profondément,
de son enthousiasme pour loeuvre de Camus qui a eu, en Roumanie tout
autant quen ancien R.D.A., une importance particulière. Jai connu
ses soucis politiques et personnels qui se sont aggravés par suite de la mort
subite de son mari, Ion, linguiste en langues romanes renommé et père de
famille admirable.
Lors dun de mes séjours à Cluj, nous avons projeté ensemble de publier
un recueil darticles rédigés par les camusiens des pays de lEst démontrant
limpact de Camus dans ces pays-ci. Ce projet sest réalisé dans le
volume Camus im Osten (Camus à lEst) paru en 2000; Virginia y
avait contribué en rédigeant un article ferme et révélateur, Camus en
Roumanie.
La nouvelle de la mort de mon amie Virginia Baciu survenue à la suite
dune opération du coeur ma profondément choquée; je tiens à
exprimer ma grande estime de ses efforts assidus pour faire rayonner loeuvre
de Camus dans un pays pas trop favorable à cet objectif. En ayant vécu
autrefois une situation analogue, je suis sûre de ne jamais oublier les
conditions difficiles de la vie et du travail de mon amie et son énergie
déployée afin de les surmonter.
Brigitte SÄNDIG
Université de Postdam.
Yves
Dechezelles
Yves Dechezelles, membre de notre
Société, qui est décédé le 9 janvier dernier, était né aux Sables d'Olonne en
Vendée, le 11 novembre 1912 dans une famille de militants. Il passa son enfance
à Tours et séjourna à Caen et à Rennes avant de gagner Alger fin 1932. Il y fut
notamment condisciple de Camus à la Faculté des Lettres . Engagé dans les
Jeunesses socialistes, il succéda à Max-Pol Fouchet comme secrétaire général de
cette organisation. Mais, revenu en France en 1936 et en désaccord avec
la politique de la SFIO sur l'Espagne, il adhéra au Parti communiste qu'il
quitta dès 1938. A sa démobilisation en juillet 1940, il s'installa à Alger dont
était originaire sa femme Myriam (née Salama) et s'inscrivit au barreau
d'Alger. Engagé dans la résistance dans le mouvement « Combat », ce qui lui
vaudra d'être arrêté quelques semaines, il participa aux opérations précédant
le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord et fut chef de
cabinet d'Adrien Tixier, Ministre socialiste des Affaires sociales du 9
novembre 1943 au 10 novembre 1944, d'abord à Alger puis à Paris. Secrétaire
administratif du groupe parlementaire SFIO après la Libération, membre du
Comité directeur du Parti et secrétaire général adjoint, il en démissionna le
12 juin 1947. Il ne cessa ensuite de participer au tentatives de renouvellement
et de regroupement du socialisme, notamment au sein du RDR (Rassemblement
Démocratique Révolutionnaire) auquel participait aussi en 1948 Albert Camus, de
l'UGS (Union de la Gauche Socialiste) ou du PSU (Parti Socialiste Unifié) dont
il fut membre de 1960 à 1970.
Défenseur des droits de l'homme et des causes anticolonialistes, membre de
la Ligue des Droits de l'homme, il assura notamment la défense de nationalistes
algériens et tunisiens, comme de Malgaches (après l'insurrection de 1947) ou de
militants ayant protesté contre la guerre du Vietnam. Il fut l'avocat de
Messali Hadji, et du MTLD, et Camus lui apporta son soutien par une déposition
écrite transmise par Charles Poncet en décembre 1951 lors du procès des
cinquante six membres accusés de menées subversives à Blida. Yves Dechezelles
participa également à l'aventure de la trêve civile en 1956, faisant le voyage
à Alger, transmettant la position de Messali et a été associé à
certaines réunions préparatoires de la conférence au cours de laquelle Camus
prononça son appel. Comme avocat, il sollicita aussi Camus pour des recours
plus discrets, notamment auprès du président Coty en septembre 1957.
Herbert Lottman et Olivier Todd ont eu des entretiens avec lui, entretiens
auxquels ils font référence, dans leurs biographies de Camus.
Guy BASSET
Revue de presse, Cinéma
« Sartre, l'âge des passions » ou la révolte camusienne face à l'engagement sartrien.
Ce téléfilm en deux parties des 11
et 12 décembre 2006, sur France 2, intitulé Sartre, l'âge des
passions , réalisé par Claude Goretta d'après un scénario coécrit avec
Michel-Antoine Burnier et Michel Contat, et publié dans son adaptation
littéraire sous le titre : Sartre, roman ( Ed. Grasset) raconte la
période critique de 1958 à 1964 de l'apogée de Jean.Paul. Sartre, touche-à-tout
alors : philosophe, romancier, dramaturge et activiste politique
d'ultra-gauche. Le scénario et la mise en scène, tout en montrant l'ambiguïté
et les incohérences de Sartre au fil du temps entre sa pensée philosophique, sa
vie et ses engagements politiques a des contre-repères notables : d'une part la
« statue de commandeur » incarnée par Raymond Aron, image mandarinale de la
Raison Critique et pessimiste de la politique « du spectateur engagé »,
d'autre part, la grande ombre portée de Camus qui imprègne la conscience du
héros, subjugué par Sartre mais qui réalise assez tard que la révolte
camusienne n'a rien à voir avec la révolution sartrienne ( où l'engagement
force la liberté) et qui, malgré tout, reste léniniste.
La fin l'emporte toujours sur les moyens utilisés : terrorisme algérien,
meurtres, assassinats, rackett. In fine, il faut choisir son camp: « celui du
sens de l'histoire ». Cet enchaînement asservit le héros et le rend complice
(malgré son idéal de juste révolté camusien), d'un terrorisme parfois abject
dans ses oeuvres mortifères.
La règle morale étant contrainte par le destin et la « contingence
sartrienne », ce dilemme éclaire le débat Sartre-Camus sur les moyens et les
fins dans la dramaturgie du film.
Pour Sartre, la révolution ne fait pas « d'omelette sans casser des oeufs »,
même dans le cas extrême des camps de concentration soviétiques dont il ne
s'embarrasse pas, à l'inverse de Camus: « l'existence de ces camps peut nous
indigner sans faire horreur, il se peut que nous en soyons obsédés, mais
pourquoi nous embarrasserait-t-elle »
Même opposition sur l'Algérie, l'engagement sartrien pro-F.L.N allant
jusqu'à favoriser, via le réseau Jeanson dont fait partie le héros du film, un
soutien actif du F.L.N.
Finalement, ce n'est qu'à l'occasion de la mort de Camus en 1960 que Sartre
reconnut sa supériorité morale avec une autocritique implicite : « par
l'opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait au coeur de notre époque contre les
machiavéliens, contre le veau d'or du réalisme, l'existence du fait moral »
Il est à noter que Bernard -Henri Lévy pour sa part trouve en Raymond Aron
un conservateur aux ordres, timoré et petit face au « génie » de Sartre,
l'éternel rebelle et que Jean Daniel de son côté, relève le génie de Camus et
la puissance de Sartre ainsi que le côté « triste » et condescendant d'Aron à
l'égard des deux autres penseurs
Daisy BENHAMOU
Nouvelles
Guy Basset nous signale un texte à ajouter à la bibliographie de Frantz Favre parue dans le numéro 77 du bulletin de la SEC (janvier 2006)
"L'Etranger and 'Metaphysical anxiety' " dans Camus's L'Etranger, Fifty Years On, edited by Adele King, p.36-46.
Pierre-Louis Rey a présenté une
communication sur Les Justes au colloque sur « La représentation du
parti et du militant dans la fiction française du vingtième siècle » qui
s'est tenu à Paris III du 18 au 20 janvier 2007.
Dans le Nouvel Observateur du 5 avril 2007, on peut lire un article
de Jérôme Garcin consacré à Edmond Charlot.
Publications
Nous signalons cet ouvrage de
notre ami Paul-F. Smets, à loccasion du cinquantenaire de La Chute
SMETS, Paul-F., La Chute dAlbert Camus, une talentueuse ambiguïté,
une jeune cinquantenaire, La Lettre des Académies, Bruxelles, 2006, n°3,
pp. 8-9.
LAssociation Coup de Soleil
(courriel : association@coupdesoleil.net
site : www.coupdesoleil.net)
nous informe de la parution du dernier livre dirigé par
René GALLISSOT,
historien, ancien professeur à luniversité dAlger,
« Algérie : engagements sociaux et question nationale.
De la colonisation à lindépendance »
(volume algérien du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, éd. de lAtelier)
Fruit de vingt ans de recherche, ce
dictionnaire biographique ouvre un champ détudes original car lAlgérie,
comme tout le Maghreb, est alors le lieu dinterférence de trois types de
militants : les Européens dAfrique du Nord, en majorité Français, qui
introduisent le syndicalisme et le socialisme sans toujours remettre en cause
le régime colonial ; les nationaux qui deviennent majoritaires et sengagent
progressivement dans la lutte pour lindépendance ; les émigrés qui,
travaillant en métropole, sont au croisement de ces deux inspirations.
Ce livre fondamental dresse le portrait de plus de 500 personnalités
intellectuelles, syndicales et politiques, algériennes, françaises et
étrangères, qui ont marqué lhistoire de lAlgérie coloniale. De
Ramdane ABANE à Mhamed YAZID en passant par José ABOULKER, Idir
AISSAT, Henri ALLEG, Aboubaker BELKAID, Larbi BEN MHIDI, Frédéric BERENGUER,
Mohamed BOUDIAF, Daniel TIMSIT, Albert CAMUS, Eugène CATTOIR , Alexandre et
Pierre CHAULET, Mohamed DIB, Frantz FANON, Nassima HABLAL, Malek HADDAD, Sadek
HADJERES, Mohamed HARBI, Yacine KATEB, André MANDOUZE, Max MARCHAND, Omar
OUSSEDIK ou Lisette VINCENT, on dévore à travers ces 600 pages les portraits de
tous ces Algériens, de ces Juifs, de ces Pieds-noirs et autres Français dont lhistoire
a retenu les noms. Mais aussi les biographies tout aussi passionnantes de ces
assistants sociaux, de ces dockers, de ces enseignants, de ces étudiants, de
ces journalistes, de ces médecins, de ces ouvriers, de ces paysans, de ces
syndicalistes, de ces traminots, bref, de tous ces militants qui ont tissé le
mouvement social de lAlgérie coloniale.
Le mouvement national algérien se nourrit des idéologies chrétienne, communiste, islamique, nationaliste arabe et socialiste qui sentrecroisent à lépoque. Mais la répression ne cesse de se durcir et denfermer les Algériens dans lhumiliation et le communautarisme, entraînant inexorablement le mouvement national vers le « centralisme démocratique » et le « modèle arabo-musulman ». Ainsi disparaîtra peu à peu, « grâce » à laveuglement du système colonial, lutopie algérienne démocratique et plurielle dont beaucoup avaient pu rêver.
Vincent Laisney (dir.) Le
Miroir et le chemin. LUnivers romanesque de Pierre-Louis Rey. Presses
de la Sorbonne nouvelle, 2006. Les pages 235-245 sont consacrées à « De la
peste et du choléra. Roman, histoire et épidémie » (Jeanyves Guérin)
Les Pieds Noirs : histoires d'une blessure. Albert Camus et l'Algérie :
interview de Catherine Camus; 2 DVD (émissions diffusées sur FR3) , film
de Gilles Pérez;durée : 2X 80 mn; format : 1,33. Distribué par France
télévisions (éditions FR3).
Dans The French Review, volume 80, N° 5, April 2007, on peut lire un article de Vincent Grégoire intitulé LHolocauste dans les écrits de Camus » (pp.1070-1084).
Jules Roy, lintranquille,
suivi de Lil de Loup du roi Pharan, de Jean-Louis Roy. Editions
Lharmattan. 22pages, 19,50 €.
Vient de paraître Correspondance Char-Camus (Gallimard), établie par
Franck Planeille.
La Revue des Lettres Modernes, Albert Camus 21, Minard ISBN 978-2-256-91117-0 (02/2007)
Jules Roy chez Charlot
Collection « Méditerranée Vivante /
Essais »
« On disait « Charlot », tout court. « Tu as vu Charlot ? » « Je vais
chez Charlot
»[...] Il y avait de létrange, du mystère là-dedans.
En même temps, cela ressemblait à un mot de passe, car on ne pénétrait pas dans
la petite intelligentsia dAlger sans Charlot ».
Quoique le plus âgé de la bande, Jules Roy (1907-2000), de près
de dix ans laîné dEdmond Charlot, fut lun des derniers à la
rejoindre. Avant, il y eut pour lui le temps du séminaire ; puis lapprentissage
du métier des armes. Ses premiers pas dans lécriture, il les fit à la fin
des années 20 sous le parrainage de Montherlant, puis dès 1936 dans lamitié
dArmand Guibert et de Jean Amrouche qui le conduisit vers la poésie...
Il fallut attendre le désastre et lété 40 pour que
Charlot et Julius se rencontrent enfin, quelques années encore pour quils
collaborent. A partir de 1942, et en moins de cinq ans, Jules Roy publiera cinq
ouvrages aux éditions Charlot, et obtiendra le Prix Renaudot pour La Vallée
heureuse (1946). Il y eut aussi quelques participations aux revues de la
maison, la direction de la collection Ciel et terre... Puis ce fut
la fin des éditions Charlot, « par le caprice dun destin injuste ». Mais
pas celle de cette extraordinaire complicité : lorsque plus de quarante ans
plus tard, Charlot fait renaître la collection « Méditerranée vivante » à
Pèzenas où il sest retiré, cest à Julius quil fait
appel pour un premier volume et celui-ci lui donne des réflexions A
propos dAlger, de Camus et du hasard (1982), puis une ardente Prière à
Mademoiselle Sainte Madeleine (1984).
Cest donc une amitié et une collaboration de près dun
demi siècle que fait revivre ce volume, publié avec le soutien du Ministère de
la Culture dans le cadre de la célébration du Centenaire Jules Roy.
A paraître en
septembre
Sur Internet
Editions Domens
<editions.domens@domens.fr>
*Editions DOMENS/*www.domens.fr* - F 34120 PEZENAS - TEL 04 67 98 37 90
A loccasion de la parution dans la collection *Méditerranée
Vivante/Essais* des /Souvenirs dEdmond Préface de Michel
Puche
*Nous sommes heureux de vous inviter à **découvrir la vidéo **/"Edmond
Charlot, lhomme qui attirait les livres"/ de Jérôme Garcin. Cliquez
sur ce lien pour y accéder :
_http://tempsreel.nouvelobs.com/videos/index.php?id_video=404
? The French Review, March 1998 Camus on Kafka and Melville: An Unpublished
Letter by James F.Jones , Jr. Sur JSTOR
http://links.jstor.org/sici?sici=0016-111X%28199803%2971%3A4%3C645%3ACOKAMA%3E2.0.CO%3B2-Z&size=LARGE
? Echo du livre de Jean Daniel : Quand Camus enseignait le Français à Oran
http://www.guysen.com/articles.php?sid=5468
?La peste comme interrogation existentielle parallèles et
anti-parallèles entre Lagerkvist et Camus
Hana Voisine-JechovaUniversité de la Sorbonne (Paris IV)
Paru dans Revue de littérature comparée,Klincksieck éditeur, n o 298 2001/2
, p. 263 à 274.
Maintenant en ligne grâce à CAIRN , un regroupement qui vise à rendre
accessible aux internautes des articles de certaines revues à peu de frais ou
gratuitement (l'article mentionné est gratuit):
http://www.cairn.info/search.php?WhatU=albert%20camus&Auteur=&doc=N_RLC_298_0263.php&ID_REVUE=RLC&ID_NUMPUBLIE=RLC_298&ID_ARTICLE=RLC_298_0263&DEBUT=#HIA_1
Une adresse un peu plus courte est celle qui contient les quelques résultats
pour Albert Camus :
http://www.cairn.info/search.php?fulltext=albert%20camus
C'est le quatrième article.
?Un site personnel, d'un professeur probablement , offre un véritable
dossier pédagogique sur La Chute
http://perso.orange.fr/yjohri/CoursLaChute.html
? Le professeur Kim et lAlgérie :
http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=19090
? Gilles Visy :
http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=19090
? Le legs de la grèce : http://www.iehei.org/Identite_europeenne/2006/Mattei.pdf
site Fabula, portail de la recherche en littérature, consacre une page
à "Albert camus contemporain"
:http://www.fabula.org/actualites/article18282.php
Fabula est le portail pour la communauté des chercheurs en littérature,
visant à la mise en commun des ressources intellectuelles et à la diffusion de
l'information scientifique.
Le site Fabula diffuse une lettre d'information gratuite et propose des
informations actualisées plusieurs fois par semaine : nouvelles parutions,
colloques, appels à contribution, etc.
http://www.fabula.org
VIENT DE PARAÎTRE
aux Editions Baie des Anges
Blanche Balain La Récitante tome 2 Nice et la Drôme, Camus retrouvé, 1940/1944
Après avoir quitté lAlgérie en 1939, Blanche Balain sest établie à Anneyron, son village natal dans la Drôme et à Nice où sa famille séjourne en hiver. Du Panelier, Albert Camus reprend contact avec elle en 1942. Lamitié renaît. Ils se retrouvent à Valence, Vienne et Saint-Etienne. Camus se charge à nouveau de publier les poèmes de Blanche Balain chez Edmond Charlot.
Un volume 14,5 x 20,5, 160 pages.
18 €
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BON DE COMMANDE
Blanche Balain La Récitante tome 2 Nice et la Drôme, Camus retrouvé, 1940/1944
à retourner à
Baie des Anges
113 boulevard François Grosso
06000 Nice
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Prénom
Adresse
Tél
France Métropolitaine : Chèque de
18,00 € établi à lordre de Baie des Anges
Frais de port offerts pour la France Métropolitaine
Etranger : Ajouter 12 € pour les frais de port soit un total de 30 €
Les frais de port sont offerts aux
adhérents de la SEC pour la France métropolitaine, avec un envoi en « Distingo
suivi ».
Date et signature :
N°52-53, Automne-Hiver 2006 de Berbères,
publication de lAssociation de culture berbère
De la p.16 à la p.45, lintégralité du colloque doctobre 2005
(avec les débats).
Avis aux « amateurs » de
Camus,
de lAlgérie et des débats
contradictoires !
Contributions de Benjamin Stora, Henri Alleg, Hacène Hirèche, Denise
Brahimi, Nabile Farès, Christiane Chaulet Achour, Nourredine Saadi, sous la
coordination de Arezki Metref.
---------------------
Nous pouvons faire parvenir le n°
aux personnes qui nous en font la demande au prix de 6, 50 euros, frais de port
compris.
Association de culture berbère (ACB)
37bis rue des Maronites - 75020 - Paris
Tel : 01 43 58 23 25
Fax : 01 43 58 49 75
Mail : acb@noos.fr
Site : http://www.acbparis.org/
See also:Publications (current and/or future issues of Camus
series): PublWorks.htm;
Voir aussi: Bibliography
1991-2007, Bibliog.htm
Société des Études
Camusiennes:
SocEtCam.htm;
Activités,
Activities:
CamusAct.htm
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